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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/883

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l’autre, aux mines de houille, ne contiennent aucune prescription sur les caisses de secours, qui ont atteint le plus grand développement possible sous le régime de la plus complète liberté.

Le premier vice des nouveaux projets, c’est de porter à la liberté des exploitans une grave atteinte. Trois sur quatre les astreignent à fonder, qu’ils le veuillent ou non, des caisses de secours et de prévoyance. Or, dans tous les cas où l’exploitation donne des bénéfices, la contrainte devient inutile et n’est plus qu’un mauvais procédé de gouvernement, puisque toutes les compagnies florissantes font de leur plein gré ce qu’on prétend leur imposer de vive force. Mais, si l’exploitation ne donne que des pertes, il est déraisonnable de forcer la main aux concessionnaires : sur quoi prélèveront-ils leur part contributive ? Il se peut que ce sacrifice, si léger qu’on le suppose, lasse des chefs d’industries déjà mécontens et provoque une liquidation hâtive : si les ouvriers n’ont plus d’ouvrage, on aura bien mal compris leurs intérêts. En outre, la caisse une fois fondée, les quatre projets s’accordent à l’alimenter par un versement obligatoire des exploitans, et ce versement est, dans trois projets sur quatre, égal au montant des retenues opérées sur les salaires. Or les compagnies françaises paient une contribution tantôt supérieure, tantôt inférieure à la cotisation des ouvriers, selon l’état de leurs affaires ; en outre, il est facile de constater que, depuis plus d’un demi-siècle, à chaque occasion favorable, les ouvriers obtiennent une élévation de cette quote-part proportionnelle. C’est, dans de telles conditions, une véritable maladresse que d’établir législativement un tarif moyen. Encore si, tout en sacrifiant la liberté des exploitans, on respectait leur dignité ! Mais en même temps qu’on les met en demeure d’apporter une contribution au moins égale à celle des ouvriers, on leur enlève toute part effective à l’administration des caisses [1], soit qu’on les mette on minorité dans les conseils de surveillance, soit qu’on les en chasse purement et simplement. On s’est gardé, bien entendu, de suivre sur ce dernier point l’exemple de l’Allemagne. Cependant, outre qu’on peut se demander si, dans les temps de grève et d’agitation ouvrière, alors que les mineurs eux-mêmes se divisent, les secours seront distribués avec une impartialité rigoureuse, l’injustice est flagrante, car tous les contribuables ont un droit égal à contrôler l’emploi des sommes qu’ils ont versées, et, d’ailleurs, la prestation même des ouvriers, ainsi que les

  1. « M. le délégué du Pas-de-Calais déclare que, si c’est le patron qui tient la caisse, les ouvriers du Pas-de-Calais ne verseront pas. » (Annexe au rapport supplémentaire de M. A. Girard, p. 11.)