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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/85

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guerre contre l’infidèle. Dès le 17 avril 1832, une reconnaissance de 100 hommes du 2e de ligne fut attaquée à une lieue d’Oran par un parti de 400 cavaliers ; elle eut 4 morts et 11 blessés ; une sortie de la garnison protégea la retraite. Ce fut la première rencontre d’Abd-el-Kader avec les Français. Après ce combat, la tribu des Gharaba, qui l’avait livré, se retira tout entière à douze lieues d’Oran sur les bords du Sig. L’ordre de Mahi-ed-Dine était d’isoler les infidèles, de faire le vide autour d’eux. Le 1er mai, rejoint par de nombreux contingens, il fit porter au gênerai Boyer la sommation de rendre la place ou, sinon, le défi de descendre au combat dans la plaine.

Le 2 mai, on vit les premiers éclaireurs arabes ; le lendemain, 3,000 cavaliers et 2,000 hommes de pied étaient campés au revers des hauteurs qui s’étendent entre le petit lac salé et le grand, la Sebkha. Au lever du soleil, après avoir fait la prière en face de la mosquée extérieure de Kerguenta, ils se lancèrent par les ravins à l’attaque du Château-Neuf, puis à celle du fort Saint-André. D’un côté comme de l’autre, ils furent repoussés par la fusillade et par le canon ; mais, d’un côté comme de l’autre, ils revinrent sans se décourager à la charge ; le soir seulement, ils se rallièrent autour du santon de Kerma ou du Figuier, d’où ils regagnèrent leur campement. Le 4, leur nombre avait augmenté ; bien loin, au-delà des lacs, on apercevait un grand mouvement d’hommes et de chevaux. Ce jour-là, ce fut le fort Saint-Philippe qui fut attaqué ; 1,400 hommes, débouchant des ruines de Ras-el-Aïn, vinrent se ruer à l’assaut du fort ; les plus braves se jetèrent dans le fossé ; mais ils ne purent jamais escalader les remparts ; quand ils se retirèrent, le soir, ils emportèrent sous le feu leurs blessés et leurs morts. La journée du 5 fut calme ; l’ennemi concentrait ses forces. Le 6, il y avait ensemble les contingens de trente-deux tribus, près de 12,000 hommes. On s’attendait à un violent assaut contre Saint-Philippe qui était le plus menacé ; cependant les attaques du 7 et du 8, quoique favorisées par un brouillard épais, furent beaucoup moins sérieuses que les premières. Il n’y en eut plus d’autres. Le 9, au lever du soleil, Mahi-ed-Dine réunit les chefs et leur annonça qu’il allait renvoyer chez eux les goums pour leur permettre de célébrer la journée du lendemain, qui était une grande fête de l’islam, mais qu’ils auraient à épondre prochainement à une convocation qui ne s’adresserait pas à moins de 30,000 combattans. Des acclamations répondirent à l’adieu comme à la promesse du marabout.

Les environs d’Oran étaient redevenus déserts. Des portis de cavalerie battaient au loin les chemins d’Arzeu, de Mascara, de TIemcen, empêchant les gens de la campagne d’apporter leurs denrées à la ville, qui ne pouvait plus être nourrie que par les