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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/840

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soies, des perles, des coraux ; devant sa boutique, pas large de deux mètres, trois Arabes étaient installés : un vieux, un autre d’âge moyen, le troisième pouvait avoir dix-sept ans. Ils étaient là, assis, attentifs, calmes, désireux d’acheter, se concertant, faisant à peine un geste de leurs mains toujours allongées de quatre doigts, tranquillement assis, ne se pressant pas, réfléchissant énormément, ayant toujours, bien enveloppés du burnous, des poses attendries et douces. — Le plus jeune était superbe, si beau que maman en était frappée. — On dirait de belles statues, disait-elle. — Je n’ai pas pu comprendre la scène et les relations qui unissaient les trois. Arabes. — L’évidence est qu’ils étaient venus pour acheter, ils étaient descendus du haut de leur ville. — Ils étaient pauvres, car le plus jeune était en haillons, et les burnous des autres, sans être déchirés, étaient très usés, mais ils mettaient un tel soin à compter de petits morceaux de faux corail, qu’on voyait facilement que le juif leur vendait cher, à ces grands enfans, une chose sans valeur.

« Celui qui était d’âge moyen comptait sur la table, la main à plat, par groupes de cinq, les petits morceaux de corail qu’il choisissait en les comptant, ajoutant ainsi à chaque fois cinq morceaux au tas qu’il tirait à lui. Ce qui frappe, c’est cette couleur simple, ces plis magnifiques et cet enfantillage sérieux, car ils ont dû rester plus d’une heure à choisir ce qu’il fallait pour un collier. Je n’ai pas pu attendre la fin de la scène… Il faisait dans ce passage trop de fraîcheur et de courans d’air qui m’ont ramené à la réalité de mes jambes détraquées. Je me réjouis du moment où je serai un homme ; quelles belles choses je verrai et peut-être je pourrai faire ! .. »

« 23 avril (au même). Tu sais, ce coup-ci je me prends par l’oreille et je m’entraîne près du papier à lettre et de tout ce qu’il faut. — Rien ne manque, ni les mille choses que j’ai à te dire, ni surtout la bonne tendresse affectueuse qu’il y a au bon coin pour toi.

« Emile affirme que tu viendras, et bientôt ; sois tranquille, rien de toi ne claquera au soleil chaud. Il y a dans le jardin des endroits frais où l’on peut s’étendre, avec, à ses pieds, un paysage magnifique.

« Nous n’avons revu la chaleur que depuis hier, tu verras combien tu la trouveras bienfaisante, tes nerfs se distendront, et tu t’en reviendras gaillard. — Si je peux, nous ferons ensemble quelques excursions ; dans tous les cas, j’ai autour de moi tout ce qu’il faut pour t’en faire faire.

« Par Émile tu sais que j’ai vu Blidah, et ce petit voyage, que