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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/809

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plus ou moins armés en temps de guerre. L’adaptation des paquebots à la course est un des problèmes dont l’Angleterre s’est le plus occupée en ces dernières années. Chez nous, c’est à peine s’il a été effleuré dans la discussion des subventions données aux compagnies maritimes. Comme la vitesse est l’élément principal de la lutte sur mer, nous voudrions voir, en France aussi bien qu’en Angleterre, les pouvoirs publics pousser, à l’aide de primes, à la construction de paquebots très rapides. Ces paquebots coûteraient un peu plus cher, il est vrai, que les paquebots actuels ; mais il ne serait pas impossible de concilier et le service de paix, c’est-à-dire le transport, et le service de guerre, c’est-à-dire la course. On nous permettra de soumettre à ce sujet quelques idées à l’examen des ingénieurs. Lorsqu’on construit un bateau, il est fait pour naviguer dans de certaines lignes d’eau, et c’est quand il est dans ces lignes que l’on doit faire les essais de vitesse. Si l’on place trop de chargement sur le bateau, il s’enfonce et marche moins vite ; si, au contraire, on donne au bateau un chargement moindre que celui qui le met dans ses lignes, il devient lège, et si l’on prend garde que son hélice demeure cependant dans de bonnes conditions de travail, il acquiert des vitesses plus grandes. Nous désirerions donc qu’on s’appliquât sur nos paquebots d’abord évidemment à augmenter la force des machines, ce qui est la première condition pour avoir de grandes vitesses, puis à construire les paquebots eux-mêmes de telle façon que leurs lignes d’eaux devinssent plus fixes à mesure qu’ils deviendraient plus lèges, tout en maintenant toujours leurs hélices bien plongées dans l’eau. Ces bateaux lèges fileraient peut-être 18 nœuds, et on les emploierait, non-seulement pour faire isolément la course, mais pour escorter les torpilleurs, pour forcer les blocus, pour combattre soit avec de petites pièces, soit avec des torpilles Whitehead, comme nous l’avons expliqué dans un travail précédent.

N’étant pas ingénieur, Dieu nous garde de chercher à donner les dimensions du bateau que nous voudrions voir étudier par nos grandes compagnies ! Il devrait être construit en acier, ce qui diminuerait beaucoup le poids de la coque ; il devrait avoir deux hélices, ce qui permet un plus faible tirant d’eau ; il lui faudrait des formes relativement grosses à la partie supérieure avant ; sa machine serait à engrenages ; ses cales enfin seraient réparties de façon à permettre des chargemens variés et au besoin à le rendre insubmersible pendant la guerre. Ce bateau est-il un rêve sorti de notre imagination ? Nous ne le croyons pas ; il nous semble qu’il peut être construit et qu’il serait parfaitement approprié aux deux fins pour lesquelles nous le destinons. En temps de paix, il serait très utile