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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/792

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avec raison, parait-il, d’avoir un modèle de torpilles supérieur à celui de toutes les autres nations. L’Angleterre se berce de la même espérance ; ses nouvelles torpilles ont atteint une vitesse de 24 nœuds à l’heure, leur portée a été reconnue efficace jusqu’à 540 mètres, et leur immersion est telle qu’elles atteindraient les plus gros cuirassés au-dessous du blindage. Il n’y a pas jusqu’à la Turquie, qui ne se pique de se procurer une torpille particulière, bien à elle, ignorée des étrangers. Au milieu de cette émulation générale, la France laisse à M. Whitehead le soin de faire des inventions pour elle. Aucun de nos ingénieurs ne s’est consacré exclusivement à la torpille automobile, la théorie même n’en est pas encore arrêtée chez nous, et rien n’est plus curieux que d’entendre les discussions auxquelles elle donne lieu parmi ceux qui en ont fait une étude spéciale ; beaucoup de personnes croient la connaître, qui n’en saisissent pas les élémens. Peut-être serait-il malaisé de la faire apprendre à tous les officiers destinés à devenir, à l’heure soudaine d’une guerre toujours possible, les capitaines de nos torpilleurs ; aussi voudrions-nous qu’on se proposât pour problème de la rapprocher le plus possible du boulet. Le jour où elle ne sera plus qu’un boulet que l’on pourra mettre et conserver indéfiniment en soute, la liberté des mers sera assurée pour toutes les nations qui voudront construire des torpilleurs.

Nous n’en sommes pas là en France, à beaucoup près même, puisque non-seulement nous ne construisons pas, nous ne perfectionnons pas de torpilles, mais nous ne savons pas encore entretenir celles de M. Whitehead. Le nombre de nos torpilles réellement utilisables n’est pas suffisant pour armer nos bâtimens ; et, le serait-il, que les appareils militaires destinés au lancement de ces engins se trouvent dans un état tel qu’il n’en permettrait pas le bon emploi. Nos tubes de lancement ne sont pas calibrés ; les portes de fermeture de ces tubes, sur les torpilleurs, ne forment pas joint étanche ; depuis deux ans, on demande à en changer la culasse. Une dépêche ministérielle du 4 avril 1884 a bien prescrit d’essayer sur les torpilleurs des culasses pareilles à celles qui donnent de bons effets sur les bâtimens ; mais cette installation n’est pas commencée, et l’on attendra longtemps avant qu’elle le soit. Quand elle le sera, il faudra encore des essais, puis un rapport, qui, ballotté de bureau en bureau, n’aboutira qu’un an après son envoi au ministère, en admettant qu’il n’aille pas tout droit, — hypothèse assez vraisemblable, — dormir dans un dossier poudreux d’où il ne s’éveillera plus. Presque tous les détails de l’appareil militaire de nos torpilleurs sont absolument négligés ; pour sa construction même, nous en sommes toujours à la période des tâtonnemens. Nous n’avons aucun tube de lancement, aucun accessoire de tube