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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/784

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dans la session dernière, le plan qu’il se propose de suivre pour mettre la marine austro-hongroise en mesure de répondre à toutes les nécessités de l’avenir, le vice-amiral baron de Sterneck a expliqué les motifs pour lesquels il s’était décidé à rejeter le programme de son illustre prédécesseur, Tegethof. Ce programme avait été conçu à l’époque où les cuirassés étaient la force navale prépondérante et où ils rendaient nécessaire la possession de nombreuses escadres. Il n’en est plus de même aujourd’hui. On ne doute pas en Autriche que le cuirassé ne soit vaincu par le torpilleur ; c’est pourquoi le chef de la marine a résolu de diviser les côtes de l’empire en plusieurs zones, à chacune desquelles une flottille de torpilleurs sera spécialement attachée. Quatre flottilles de ce genre suffiront pour tout l’empire. Elles ne s’éloigneront pas des côtes. Il y aura des torpilleurs de haute mer pour escorter les flottes qu’on composera surtout d’avisos rapides ; on espère que l’industrie privée pourra doter ces avisos d’une vitesse de 20 milles à l’heure et, naturellement, les torpilleurs de haute mer ne seront pas moins agiles. Mais ce seront les torpilleurs des côtes qui assureront la protection des ports et des rades. Le comte de Hohemvart a rappelé, dans la discussion qui a suivi l’exposé du baron de Sterneck, que la présence de deux frégates françaises devant Fiume avait suffi, en 1859, pour obliger la garnison de cette ville à la quitter et à laisser tout le littoral sans défense. Désormais les frégates ennemies qui tenteraient de s’approcher de Fiume s’en verraient interdire l’accès par des torpilleurs sur lesquels l’Autriche-Hongrie se repose avec confiance pour la préserver de tout danger. Comme à l’Allemagne et à la Russie, la défense des côtes par la marine lui paraît la meilleure ou plutôt l’unique garantie de sécurité d’une puissance qui confine à la mer sur un point quelconque de son territoire.

Et la France, qui est baignée par trois mers, qui peut être atteinte de trois côtés à la fois, continue de se croire à l’abri de tout accident parce que ses ports de guerre sont entourés de forteresses placées à de telles hauteurs que leur artillerie n’atteindrait jamais des navires longeant la côte, et possèdent à peine quelques torpilleurs désarmés ou mal armés ! Elle ne paraît pas se douter qu’elle sera attaquée, si la guerre éclate, sur toute l’étendue de ses rivages couverts de cités florissantes, d’établissemens industriels, de villages populeux et de riches villas. Elle n’a pas encore songé à les diviser par zones, à placer ces zones sous des commandemens réguliers, à les étudier dans tous leurs détails, afin de fixer les lieux de refuge ou d’action des torpilleurs et de rechercher comment il sera possible de défendre ces ports de fortune contre les entreprises de l’ennemi. Il y a là toute une exploration du terrain à faire, exploration dont la marine seule est capable. De