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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/72

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demanda pour raison de santé son renvoi en France avec un congé de six mois. Le commandant Kolb, qui avait remplacé Maumet à la tête du 1er bataillon, fut nommé sur son refus. La lettre que Duvivier écrivit à cette occasion, le 11 décembre, au duc de Rovigo, est curieuse ; le fond est d’un homme qui sent sa valeur, qui est mécontent, qui se plaint, mais qui serait désolé d’être pris au mot ; la forme est grave, solennelle, emphatique : « Les fatigues sans nombre que j’ai éprouvées depuis l’entrée des Français en Afrique m’ont affaibli physiquement et intellectuellement au-delà de ce que je puis exprimer. Depuis deux ans environ, je fournis vingt heures de travail ou de marche par jour. La fièvre cérébrale que j’ai endurée au camp cet été a laissé chez moi des traces profondes ; ma tête n’est plus constamment à moi ; en un mot, je suis bien déchu du peu que je valais. Je n’ose considérer la nouvelle tâche qui m’est imposée ; je dois vous le dire et la décliner. Depuis longtemps, mon général, j’en avais prévenu ; j’attendais la nouvelle organisation pour le déclarer positivement. Je voulais approcher le plus possible de celle-ci pour soutenir jusqu’au bout les intérêts de mon ancien bataillon ; mais la décision qui vient de nous réunir a été si subite que je n’ai pas pu, dans le moment, penser à ma position particulière. Obtenir une convalescence de six mois avec solde pour rentrer définitivement en France, telle est la faveur que je réclame de vous, mon général. La présence du commandant Kolb vous donnera toute facilité ; qu’il reprenne immédiatement un commandement qu’il regrette et qui lui plaît. Je resterai quelque temps encore à Alger pour remettre les comptes d’un bataillon que j’affectionnais et qui n’est plus. Ensuite, et je vous le devrai, je reposerai sur le sol de la patrie une tête dont les Kabyles ici n’ont pas voulu. » Avec le commandant Kolb, vieux soldat honnête et brave, mais rien davantage, l’avenir des zouaves était bien compromis : heureusement, il leur restait La Moricière.

Que devenait cependant l’administration civile ? Le successeur amoindri du baron Pichon, M. Genty de Bussy, faisait beaucoup de bruit et de besogne ; mais le bruit assourdissait les gens et la besogne n’en était pas meilleure. L’intendant civil était grand paperassier ; dans le rapport d’une commission d’enquête, dont il sera fait mention plus tard, son administration a été jugée en ces termes : « Activité peu féconde en résultats utiles, souvent imprudente et dommageable. » Parmi les résultats utiles, il y en a trois qu’on peut particulièrement citer : d’abord, un arrêté du 16 août, qui réformait le régime judiciaire établi par le général Clauzel et renvoyait à une cour criminelle composée des membres de la cour de justice et du tribunal correctionnel réunis la connaissance des crimes commis