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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/703

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MM. Gallet et Blau ont repris la vieille légende. Ils en ont tiré un livret intéressant. L’action se passe en Allemagne, sous le règne de Frédéric Barberousse. Un chevalier croisé, Jean de Lorraine, revient de terre sainte pour épouser la jeune fille qu’il aime depuis son enfance. Il fait ses confidences à un vieil ami de son père, le comte Arnold, mais sans lui nommer celle qu’il va revoir. Soudain la comtesse parait, c’est Hélène, la fiancée de Jean. Elle l’a cru mort, elle a épousé Arnold, pour échapper à l’amour redoutable du prince Rudolf, la terreur du pays. A peine les jeunes gens se sont-ils revus, que Rudolf lui-même arrive. Il demande justice : Jean a frappé ses soldats qui faisaient violence à des femmes. Mais le comte Arnold refuse de livrer son hôte et son ami. L’empereur qui survient tranche le différend : charmé par la bonne mine du jeune homme, il l’emmène pour guerroyer contre le duc de Saxe. Il emmène aussi le comte Arnold. Rudolf sera jusqu’à leur retour le suzerain du domaine et le gardien de la comtesse.

Mais Rudolf aime toujours Hélène ; il le lui déclare au second acte. Elle le repousse, il la menace et jure de se venger. L’occasion se présente bientôt. Un petit page de la comtesse l’aime, lui aussi (voyez comme les femmes étaient aimées au moyen âge). Il l’aime sans rien espérer, sans rien dire. Rudolf l’engage à parler, et pour lui faciliter l’aveu, l’introduit nuitamment dans l’appartement de sa belle maîtresse. Lui-même fait le guet au pied du balcon, et quand l’enfant reparaît, il le poignarde. La comtesse entend le cri de son page, et le traître, la surprenant agenouillée auprès du cadavre, dénonce l’épouse adultère et la livre au châtiment.

C’est la mort, et la mort de l’innocente, car Hélène a résisté aux prières du page comme aux menaces du prince. Elle mourra sur le bûcher si nul chevalier ne vient combattre pour elle le combat de Dieu. Qui s’offrirait à la défendre ? Les troupes sont revenues de la guerre, mais le comte Arnold est mort et Jean a disparu. Hélène demande un moine, et s’incline devant lui. Ce moine, c’est Jean : il a su le crime de sa bien-aimée, il a prononcé ses vœux, peut-être un peu à la légère. C’est lui qui doit recevoir la confession de la condamnée. De sa bouche, il entend la solennelle affirmation de son innocence, mais il entend aussi l’aveu de son amour fidèle et pur. C’est lui qu’elle n’a pas cessé de chérir. Éperdu, Jean découvre son visage, Hélène le reconnaît : c’est le dernier duo de la Favorite ; mais le glas sonne, les pénitens paraissent, l’heure du supplice est venue. Hélène, cependant, ne mourra pas. Pour la défendre, Jean reprend son armure. Il entre dans l’arène, il est vainqueur, et pour qu’il puisse épouser Hélène, le pape le relèvera de ses vœux. L’empereur du moins nous en répond. Voilà, sans doute, un opéra qui n’est rien moins que comique ; les