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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/702

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Opéra-Comique : le Chevalier Jean, drame lyrique en 4 actes, paroles de MM. Louis Gallet et Edouard Blau, musique de M. V. Joncières. — Opéra : reprise de Rigoletto.


La nouvelle œuvre de MM. Gallet, Blau et Joncières devrait peut-être s’appeler la Comtesse Hélène plutôt que le Chevalier Jean ; non que le héros, lui aussi, ne soit digne de sympathie, mais l’héroïne est la plus touchante des deux principales figures : c’est elle qui donne au drame la grâce et l’émotion.

Le Chevalier Jean nous retrace une des histoires favorites du moyen âge, celle de l’épouse fidèle et diffamée. Les critiques l’ont déjà rappelé, c’est Geneviève de Brabant calomniée par Golo, c’est Eisa faussement accusée et sauvée par le chevalier du Cygne, c’est la comtesse de Savoie, de Bandello, c’est un épisode de l’Arioste, c’est une tragédie de Voltaire, c’est un souvenir des siècles chevaleresques. Si rude que fût le moyen âge, son armure n’était pas tout d’une pièce. Ces temps de brutalité et de haine furent aussi des temps de courtoisie et d’amour. Les hommes d’alors avaient des passions encore barbares, mais des sentimens déjà délicats, raffinés même. Jamais l’idéal féminin ne fut plus pur, jamais la femme ne reçut d’hommages plus respectueux. On pouvait dire alors « que l’amour d’une vierge est une piété, » et si l’humanité consacrait à Notre-Dame tant de cathédrales naissantes, c’est qu’elle voulait placer sur ses autels un type immortel de grâce et de pureté.