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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/697

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laisser presque entièrement de côté les Oraisons funèbres et le Discours sur l’histoire universelle, dont on n’a pas peut-être tout dit, mais dont M. Deschanel n’était pas homme à trouver ce qu’il reste à dire. » Entendre et aimer sont choses distinctes, a dit Bossuet lui-même, mais tellement inséparables qu’il n’y a point de connaissance sans quelque volonté. » M. Deschanel n’aime point assez Bossuet pour le très bien entendre ; et pour renouveler la critique du Discours sur l’histoire universelle ou des Oraisons funèbres, il y faut plus de bonne volonté que n’en apportait M. Deschanel. Mais ce que M. Deschanel pouvait se proposer de rechercher, c’est en quoi consiste essentiellement la qualité du style et de la pensée de Bossuet. De quels aspects des choses le génie de Bossuet est-il d’abord et particulièrement frappé ? Comment compose-t-il, et si ni ses Sermons ne sont ordonnés comme ceux de Bourdaloue, par exemple, ou de MassiIIon, ni son Traité de la connaissance de Dieu comme le Traité de Fénelon ou comme les Entretiens de Malebranche, comment le sont-ils, où est la différence, en quoi consiste-t-elle, et d’où procède-t-elle ? Quel est encore le secret de sa manière d’écrire ? Les effets qu’il obtient, comment les obtient-il ? Est-ce le choix des mots, l’arrangement intérieur de la phrase, l’originalité du tour, l’harmonie de la période, la nouveauté de la disposition qui distinguent son style de tous les autres styles ? Jusqu’à quel point, chez lui, la pensée fait-elle corps avec l’expression ? Est-ce la force de l’idée qui crée la beauté de la forme ? ou, au contraire, la beauté de la forme qui donne l’illusion de l’idée ? Ce sont quelques-unes des questions que M. Deschanel eût pu traiter, non-seulement sans sortir de son premier programme, mais justement pour s’y conformer. A-t-il reculé devant le labeur ou la difficulté de l’entreprise ? Le temps ou le courage lui ont-ils manqué ? En effet, pour remplir ce plan, il ne suffisait plus d’avoir parcouru d’un œil distrait les Oraisons funèbres ou ce fameux Discours, mais c’était tout Bossuet qu’il fallait avoir lu, le Bossuet des Sermons, particulièrement, et celui de la Correspondance, et cette lecture n’est pas l’affaire d’un jour. En tout cas M. Deschanel a préféré s’en épargner la peine. Et nous, après avoir longtemps cherché ce qu’il trouvait dans Bossuet de si romantique, nous en sommes réduits à nous contenter de ceci : que le style de Bossuet était d’une propriété remarquable !

Un autre plan, plus vaste, et, comme tel, plus convenable à l’enseignement du Collège de France, était de prendre l’homme avec l’œuvre, de résumer tout ce qui s’est fait dans ce siècle de travaux sur Bossuet, d’en faire à son tour la critique, et de nous donner sur Bossuet un travail Original et complet qui soutint seulement la comparaison, — car nous n’en eussions pas demandé davantage, — du Voltaire de M. Desnoiresterres ou du Jean-Jacques Rousseau de