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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/696

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l’histoire de la révolution d’Angleterre, ou les derniers momens de la duchesse d’Orléans. Nous en avons dix récits plus instructifs, mieux faits, et plus intéressans que les secs abrégés qu’il nous on a donnés, lesquels d’ailleurs ne sont pas même au courant du dernier état de la science. Mais pour ce qu’il nous dit de la « médiocrité d’idées » de Bossuet ou de sa « timidité d’esprit, » sans compter que bien des gens qui, sans autrement se piquer d’être libre penseurs, ne laissent pas de penser aussi librement que M. Deschanel, aimeront mieux être médiocres et timides avec Bossuet qu’indépendans et hardis avec M. Deschanel, on l’avait dit avant lui, depuis longtemps, et d’une autre manière qu’il n’a su le redire.

Il n’a guère été plus heureux à parler du Discours sur l’histoire universelle, qu’il appelle, après les Oraisons funèbres, le plus « mémorable » des ouvrages de Bossuet, on ne sait trop pourquoi, si ce n’est parce qu’après les Oraisons funèbres, c’est le seul dont il parle avec un peu d’abondance. Nous permettra-t-il de lui dire en passant que dix autres ouvrages de Bossuet, pour le moins, sont aussi « mémorables ? » les Élévations sur les mystères, par exemple, ou les Avertissemens aux protestans, pour n’en citer que deux, et d’un genre assez diffèrent ? On pense bien ici que, selon l’usage, il n’a garde d’oublier de reprocher à Bossuet, dans son Histoire universelle, de n’avoir parlé ni de l’Inde, ni de la Chine. Il le voudrait mieux informé de Confucius presque avant que l’on en connût le nom, et de la théologie des Védas avant qu’on sût lire le sanscrit. Mais ce n’est là qu’une mauvaise chicane, et que je m’étonne que l’on soulève encore. Pour Bossuet, en effet, comme pour ses contemporains, l’Histoire universelle, c’est l’histoire de ce que l’on appellerait aujourd’hui la civilisation méditerranéenne, et rien de plus ni rien d’autre. Changeons donc tout simplement le titre de l’ouvrage, si nous ne l’entendons plus comme il l’entendait lui-même, et prenons-le pour ce qu’il est et ce qu’il restera : le premier et inoubliable essai de cette science qui depuis est devenue la philosophie de l’histoire. Mais en tout cas, n’allons pas reprocher à l’auteur, dans un Discours qui ne va pas, comme tout le monde sait, au-delà de Charlemagne, de n’avoir « soufflé mot de l’Amérique. » M. Deschanel eût-il voulu que Bossuet racontât au dauphin fils de Louis XIV l’histoire de la fondation de la république des États-Unis ?

Puisqu’il n’est question dans le livre de M. Deschanel que du Discours sur l’histoire universelle et des Oraisons funèbres, on voit ce qu’il en leste, et sans doute il est inutile, il serait même mal gracieux d’insister davantage. Après avoir dit pourtant ce qu’il a fait, nous ne saurions nous dispenser de dire ce qu’il eût dû faire. Il avait le choix ; et s’il voulait, selon sa gageure, nous montrer dans Bossuet un précurseur du romantisme, c’était d’abord une étude de style. Il fallait alors