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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/681

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Florence la défaite et le malheur. Il y retrouvait beaucoup d’amis, et la connaissance approfondie qu’il avait des affaires italiennes devait le préserver de tous les faux pas ; on pouvait être certain qu’il ne laisserait échapper aucune parole intempestive ou maladroite. Il avait la pratique du métier, la sûreté de tact que donne l’expérience, l’art de s’informer, qui demande du coup d’œil et des oreilles, l’art de négocier, où le caractère doit venir en aide à l’esprit. Hélas ! il est des causes que les plus habiles avocats du monde ne peuvent sauver. S’il n’y avait rien que de flatteur pour sa personne dans l’accueil qui lui était fait partout, il ne laissait pas de lire dans tous les yeux de muets refus, accompagnés de cette commisération qui est souvent plus blessante que l’insulte. Il ne s’en étonnait point ; il avait prévu les cuisans déplaisirs, les dégoûts qu’il aurait à essuyer. Ce sont de ces cas où, comme Ulysse, on parle à son cœur ; on lui dit : « Tout beau ! calme-toi ; dévore encore ceci. »

M. Rothan ne se flattait point d’obtenir que le gouvernement italien, après nous avoir refusé son assistance militaire, nous accordât du moins résolument son concours diplomatique. Mais si le cabinet italien ne fit rien pour nous, il s’abstint de rien faire contre nous ; sa conduite fut correcte : il résista aux tentations, il ferma l’oreille aux mauvais conseils qu’on lui donnait. Quoique l’opinion et la grande majorité de la presse nous fût favorable, plus d’un brouillon, plus d’un boute-feu pensaient que l’occasion était bonne pour revenir sur le traité et le plébiscite qui nous avaient mis en possession de Nice. D’autres jetaient sur la Corse des yeux de convoitise ; d’autres encore voulaient qu’on profitât des difficultés qui avaient surgi entre le bey et l’Italie pour envoyer une escadre à Tunis et mettre la main sur la régence. M. Rothan n’admettait pas qu’il existât une question de Nice ; il sut amener M. Visconti-Venosta à déclarer qu’elle n’existait pas non plus pour lui et à désavouer hautement de perfides intrigues. Il réussit également par la fermeté de son langage à obtenir que le gouvernement italien n’envoyât aucun bâtiment de guerre dans les eaux de la régence et réglât les difficultés pendantes par un arrangement pacifique. Il remplit ainsi jusqu’au bout le plus triste des devoirs, et dans de funestes circonstances où il ne pouvait se prévaloir d’aucun autre secours que de son autorité personnelle, il rendit à son pays de réels services.

« — Avant la défaite de l’armée de l’Est, écrivait-il le 7 mars 1871, alors que Paris se défendait encore, l’Italie nous témoignait de chaleureuses sympathies. Elle cherchait, par l’expression de ses regrets et de ses vœux, à nous faire oublier son inaction. La presse s’attaquait aux états-majors prussiens ; des députés, émus de nos malheurs, interpellaient le ministère, lui rappelaient le passé et le poussaient à intervenir. Le cabinet de Berlin s’émut de ces manifestations. Il adressa