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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/676

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M. Jules Ferry disait tout récemment au sénat : « Quand on ne sait pas oublier, on ne fait pas de politique. » Il est certain que, pour les peuples encore plus que pour les individus, l’oubli seul rend la vie possible. Ils ne sont pas tenus d’aimer tendrement ceux de leurs voisins qui ont eu des torts à leur égard, mais ils doivent apprendre à sacrifier dans l’occasion à leurs intérêts leurs ressentimens et leurs souvenirs. Rien n’est plus utile que la défiance ; rien en revanche n’est moins politique que la politique des rancunes. A la vérité, il n’est pas facile d’oublier ni même de s’en donner l’air ; cela demande beaucoup de philosophie. Le meilleur moyen d’acquérir cette haute et salutaire sagesse est de ne pas imputer aveuglément tous ses malheurs à la malice d’autrui et de savoir faire dans ses disgrâces la part de ses erreurs et de ses fautes.

Dans le temps où la France épousait avec une généreuse ardeur la cause des nationalités et de l’émancipation des peuples, ceux qui nous gouvernaient aimaient à se figurer que les nations au bonheur desquelles nos soldats s’employaient seraient pour nous de fidèles alliées, que leur concours militaire et diplomatique nous serait toujours assuré, que notre pays se créait partout des amitiés de rapport, que ses