Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/667

Cette page n’a pas encore été corrigée


On sort de cette exposition les yeux éblouis et l’âme profondément remuée. L’éclat de la couleur et l’intensité de l’expression dramatique, ce sont là les caractères dominans de l’œuvre d’Eugène Delacroix. Sur ce coloris vibrant et harmonieux, robuste et délicat, franc et subtil, chatoyant comme la lumière, mystérieux comme la pénombre, transparent comme l’atmosphère, varié comme le mouvement, tour à tour sombre ou clair, corsé ou fluide, savant ou inné, procédant par contrastes ou par rapports, par oppositions ou par unisson, il n’y a plus rien à dire, car on a tout dit. Peut-être même a-t-on voulu trop dire. A entendre certains critiques, et des plus autorisés, le coloris, chez Delacroix, serait exclusivement scientifique. L’étude et l’expérience y auraient tout autrement de part que le don. Cette palette magique est composée au moyen de recettes connues, ce pinceau fébrile a un guide-âne. Delacroix ne peint jamais qu’avec « la rose des couleurs » sur son chevalet. Il sait par là que les couleurs primaires ou binaires s’exaltent si on les rapproche de leurs complémentaires ; il sait aussi que l’ombre reflète légèrement la complémentaire du clair ; il sait encore que la juxtaposition de certaines couleurs amortit ces