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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/649

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compétent du dernier siècle [1]. » M. Le Play veut parler de Delamare. « Ce régime, dit encore M. Le Play, procédait de l’opinion que la rareté et la cherté du blé en temps de disette, doivent être attribuées non-seulement aux causes naturelles qui frappent tous les yeux, mais surtout à, la perversité et aux manœuvres insidieuses des marchands ; d’où l’on concluait que la sollicitude de l’autorité devait tendre incessamment à contrôler et à restreindre les opérations de ces derniers [2]. »

M. André Cochut explique par les mêmes raisons les anciens abus de la réglementation. D’après ce savant écrivain, les légistes, devenus tout-puissans à la cour des Valois, et imbus des souvenirs de l’empire romain, considéraient le commerce de la même manière que les jurisconsultes de Homo ou de Constantinople : le marchand était un esclave, un serviteur du public, dont la conduite était contrôlée par les magistrats : on ne se fiait pas à l’industrie des vendeurs et à l’intelligence des acheteurs pour assurer le cours le plus avantageux et le plus équitable des marchandises.

Il fut défendu d’aller vendre et acheter le blé chez les cultivateurs : ceux-ci devaient apporter leurs produits aux marchés. Défendu aussi, de vendre ses produits en route, de les faire passer d’un marché à un autre, de remporter le blé exposé : il doit être vendu dans le cours de trois marchés au plus. Au marché, le prix de la première vente doit fixer le coure : la baisse est permise, mais non la hausse. Tous ces règlemens ne répondent guère aux idées de libre circulation des denrées et de liberté de transaction, auxquelles nous sommes lentement arrivés, sans être bien sûrs de nous y tenir. Mais combien les conditions étaient différentes ! Combien l’accaparement, ce méfait économique qu’on voulait éviter à tout prix, était plus facile qu’aujourd’hui, lorsque les transports étaient lents et malaisés, et qu’on était, à chaque marché, sans nouvelles des cours du marché voisin ! Ces règlemens étaient tenus pour utiles par des écrivains dont l’impartialité et la compétence sont reconnues. « Il s’est passé un fort long temps, disait au XVIIIe siècle Delamare, dans son Traité de la police, que le commerce du blé était libre à toute sorte de personne. Les laboureurs et les propriétaires qui faisaient valoir leurs terres en pouvaient acheter les uns des autres pour les revendre ; les marchands en faisaient autant, et on ne les obligeait à aucune obligation envers le public en embrassant cet employ. On a reconnu dans la suite combien ces regrats perpétuels et cette

  1. M. Le Play, 2e rapport au conseil d’état sur les commerces du blé, de la farine et du pain, p. 32.
  2. Ibid.