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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/634

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dans les armes à feu, ont été singulièrement dépassés, depuis que l’on mesure des pressions de 6,000 atmosphères et au-delà. Avec de pareilles pressions, il suffit d’une très petite quantité de matière explosive pour donner lieu à des résultats dynamiques qui semblent hors de toute proportion avec la cause. Dans les expériences où j’ai eu occasion d’étudier les gaz à très haute pression, pour expliquer l’action qu’un bolide arrivant avec une vitesse planétaire subit de la part de l’atmosphère qu’il refoule, on est surpris de voir la grande énergie de ces masses gazeuses. Elles gravent elles-mêmes profondément leurs mouvemens gyratoires, comme avec un burin, dans les pièces d’acier qui leur sont opposées, et elles réduisent les parties extérieures de ces pièces en une poussière impalpable, lancée dans l’atmosphère, à la manière des cendres volcaniques.

C’est ainsi que la puissance motrice des gaz, dont nous voyons les effets gigantesques dans les protubérances du soleil, paraît être assez considérable dans l’intérieur du globe terrestre, pour expliquer tous les effets des tremblemens de terre comme ceux des volcans.

La constitution géologique reconnue comme spécialement en rapport avec les tremblemens de terre aurait donc pour effet de favoriser l’alimentation en eau des régions profondes et chaudes, et en même temps, de faciliter, par l’indépendance des voussoirs que les failles ont découpés, le mouvement que tend à leur imprimer l’expansion des vapeurs. Dans les pays voisins d’une bouche volcanique, ces vapeurs parviennent à trouver leur issue. Dans les régions éloignées des volcans, elles sont plus gênées pour s’échapper, et cela explique l’étendue considérable sur laquelle les commotions se propagent, leur plus grande violence, et les efforts souvent réitérés que la nature doit faire avant d’arriver au rétablissement du repos.

En résumé, les tremblemens de terre des régions dépourvues de volcans paraissent dus aux effets d’une sorte d’éruption volcanique qui ne peut aboutir jusqu’à la surface, et semblent dépendre, aussi bien que ceux des régions volcaniques, d’une cause unique : la vapeur d’eau, animée de la puissance énorme qu’elle acquiert dans les profondeurs de la croûte terrestre.

De là cette autre conclusion, que le moteur de ces ébranlemens formidables est toujours actif sous les pieds des habitans de nombreuses régions : contre le danger permanent qui les menace, les hommes ont du moins l’heureux remède de l’oubli.


A. DAUBREE.