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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/623

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de vastes cavités intérieures, ont été considérés comme devant donner naissance à des secousses qui se propageraient jusqu’à la surface, à la manière des tremblemens de terre. Voici les idées qu’exprimait déjà Anaximène, cinq siècles avant notre ère ; elles méritent d’être signalées, parce qu’elles ont été reproduites parfois depuis lors, avec quelques modifications suggérées par les connaissances acquises. « Dans le sein de la terre, tombent les débris détachés d’elle-même. Les causes internes de détachement ne manquent pas, comme dans les vieux édifices. Il arrive alors à certaines parties d’ébranler ce qui est au-dessus d’elles, d’abord en se détachant, ensuite lorsqu’elles se précipitent en rebondissant sur les roches inférieures. Si ces débris tombent dans une eau stagnante, leur chute doit réagir sur tous les lieux voisins, par la secousse que donne aux eaux un énorme poids descendant tout à coup d’une grande hauteur. » Il n’est pas douteux que des effondremens ne puissent, en effet, causer l’ébranlement du sol. Le fait se manifeste clairement, lorsque les vides intérieurs laissés par l’exploitation des mines de houille provoquent des tassemens subits ; mais ces explications, qui paraissent s’appliquer dans différens cas, ne peuvent certainement pas rendre compte des tremblemens de terre les plus habituels, les seuls dont il soit question ici, sans que nous prétendions assigner une origine unique à toutes les secousses du sol.

Des études nombreuses et exactes, en faisant clairement ressortir les relations des tremblemens de terre avec la structure intime des contrées qui les subissent, permettent de mieux en comprendre les causes organiques.

Un fait fondamental ressort de nombreuses et patientes statistiques ; c’est l’inégalité frappante que présente la distribution géographique des tremblemens de terre. Il y a de vastes régions qui n’en ressentent que très rarement et que très faiblement, tandis que d’autres éprouvent des agitations fréquentes et parfois très violentes. Un simple coup d’œil jeté sur une mappemonde où l’on a représenté, par des notations synoptiques, les résultats du dépouillement des observations, comme l’a fait Robert Mallet, met immédiatement en évidence, et souvent dans des régions très voisines, des contrastes essentiellement caractéristiques.

La France, dans sa plus grande étendue, nous représente un type de ces contrées dont le sol est comparativement tranquille. C’est un privilège physique à ajouter à d’autres que valent à ce pays la configuration de son relief, le développement et le dessin du littoral des mers qui le baignent, et son climat si heureusement tempéré. Toutefois les tremblemens de terre n’y sont pas rares, surtout dans les Pyrénées, dans la région des Alpes et une partie