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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/594

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apprenant coup sur coup la mort de deux de ses fils et la blessure d’un troisième sur les champs de bataille : « Dieu soit loué de tout ! dit-il ; mais toujours le roi voit-il bien que nous n’épargnons rien pour son service ! » Il faudrait rappeler encore le spirituel Courtin, et ce marquis de Béthune, si séduisant que le roi de Suède interdisait à ses ministres d’aller diner chez lui, et que les Hongrois pensèrent lui donner leur couronne. — Pour combien ne doit-on pas compter la part que prirent de tels diplomates au prestige et à l’autorité du nom français pendant le XVIIe siècle ?


II

Si le gouvernement de Louis XIV réserve pour l’ambassade de Suède les meilleurs peut-être de ses agens diplomatiques, c’est, nous le disions, que les relations politiques de la France avec cette couronne offrent alors une importance capitale. L’alliance suédoise n’est rien de moins, entre les mains de Louis XIV, qu’un principal moyen pour la direction générale de l’Europe.

La France a terminé, de concert avec la Suède, la grande œuvre de la paix de Westphalie. La paix de 1648 vient de fixer la condition religieuse, civile, politique de la société européenne pour toute la période qui s’étend jusqu’à la révolution française. En ouvrant à la France une brillante carrière de progrès, elle l’a récompensée de ses longs efforts conformes à d’autres intérêts aussi que les siens propres. En faisant de la Suède une puissance vraiment européenne et continentale, elle l’a payée de sa victorieuse action, sous un glorieux règne, dans le même sens. Elle a sauvegardé l’Allemagne et l’Europe contre une souveraineté ambitieuse et redoutable. Elle a constitué l’empire en face de l’empereur. Elle a fait faire un pas notable aux idées de tolérance religieuse et d’indépendance nationale. Mais, pour que les résultats en soient confirmés et assurés, le vaste travail dont les traités de Munster et d’Osnabrück ont été une première fois le prix et la sanction doit se poursuivre ; la lutte n’est pas terminée, puisque la maison d’Autriche est encore debout et menaçante, et qu’elle prétend, par exemple, ne pas rompre avec l’Espagne ; il faut la contenir ou bien la subjuguer, soit par les négociations, soit au besoin et de nouveau par les armes.

Dans l’œuvre entreprise de concert avec la Suède, la part de la France a été certainement et doit rester la première. Aux ambitions passionnées et complexes, aux sourdes et confuses agitations, aux mouvemens énergiques et vastes, expressions de sentimens et comme d’instincts inconsciens qui composaient la vie du moyen