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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/590

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conclusion d’un aussi important ouvrage va vous donner dans l’histoire de notre siècle, et qui passera, je m’assure, encore à la postérité la plus reculée, si les effets qui s’ensuivront de votre travail peuvent répondre à nos belles espérances. Il me serait malaisé de vous exprimer la joie que j’en ai, car elle va jusqu’à quelque espèce de sensualité. Je ne croyois pas, monsieur, vous aimer la moitié tant que je fais ; permettez, s’il vous plaît, ce terme à ma tendresse. M. Le Tellier ne se peut lasser de louer votre suffisance, et cela se passe en très bon lieu, ce qui mérite bien que Mme de Pomponne lui en fasse un remercîment de votre part sur ce que je vous en ai témoigné. Pour moi, afin qu’elle ne se donne pas cette peine inutile, je ne fais que crier, parlant de vous au même lieu : « Ha le malhabile homme ! Ha le butor ! Ha l’écrivain de balle ! » — La plaisanterie franche ne dissimule ici qu’à peine la gravité affectueuse et l’obligeant office [1].

Chacun de ces hommes d’élite occupait une grande place dans l’estime des contemporains, soit par la gravité du caractère, soit par les dons de l’intelligence, la vivacité de l’esprit, la finesse du goût. Ils ont presque tous mérité d’avoir en Saint-Simon un témoin respectueux. Pour Saint-Simon, Claude de Mesmes est « le célèbre d’Avaux, le grand d’Avaux, dont la parole valait un serment. » L’incomparable historien moraliste, en rendant hommage au droit sens, à la modération austère, aux signalés services de cet honnête homme, le venge des duretés de Servien et de l’injustice de son temps. D’Avaux avait négocié pour le roi de France, toujours avec la même habileté et le même succès, à Rome, à Venise, à Mantoue, à Turin, à Florence, auprès de la plupart des princes d’Allemagne, en Pologne et en Danemark aussi bien qu’à Munster et Osnabrück et en Suède. — Saint-Simon [2] vante aussi les talens de Jean-Antoine, comte d’Avaux, petit-neveu de Claude, qui fut également à quelques-unes de ces ambassades, négocia la paix de Nimègue et prépara la paix de Ryswick.

Comme les d’Avaux avaient été de la famille de Mesmes, célèbre dans la magistrature française, Pomponne appartenait, lui, à cette famille des Arnauld qui répandit sur Port-Royal et reçut de lui, au commencement du siècle, une si vive lumière. L’amour de la justice était le même parmi eux, qu’ils adoptassent la vie religieuse

  1. Je n’ai pas besoin de redire que tous ces textes sont empruntés à la correspondance politique de Suède, chronologiquement disposée dans les registres reliés des Archives du ministère des affaires étrangères. Je n’ai pas besoin de répéter qu’ils sont tous inédits.
  2. IV, 262.