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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/589

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pour Mazarin et Colbert les livres rares, les gravures, les médailles et les manuscrits.

L’idée suprême qu’ils se sont faite du pays et du roi qu’ils servent leur est une force ; ils s’en expriment en mainte occasion avec une franchise de langage qui traduit leur fier sentiment. Arnauld de Pomponne écrit à Lionne, le 20 juin 1668 : « La Suède affecte depuis trop d’années un ressentiment mal fondé de quelque mépris qu’elle n’a point en effet reçu, et elle veut trop se faire honneur d’une égalité en toutes choses en négligeant la France comme elle se plaint à tort d’en avoir- été négligée. Ce n’est pas que tous rois ne soient rois ; mais, pour me servir des termes dont on dit que M. de Charnacé usa autrefois en parlant à Gustave-Adolphe sur le même sujet, quoique tous velours soient velours, il y en a de moins forts et il y en a à trois poils. » Ils affirment couramment, ces diplomates français, que le roi de France est le premier des rois, et la couronne de France la première des couronnes, et ils n’en souffrent pas le démenti.

Avec cela, ils ont l’entière conscience de leur dévoûment et de leur mérite. Le succès d’une négociation dont le roi exprimera son contentement leur sert de récompense, et ils savent se féliciter entre eux avec une fine et sincère appréciation du talent véritable. Des ministres tels que Lionne, Arnauld de Pomponne, Loménie de Brienne, traduisent l’approbation royale à des agens tels que Chanut, Terlon, Courtin, en des termes exquis, avec un accent très personnel. Loménie de Brienne écrit à Chanut, qui lui demande une direction et des conseils, 249 septembre 1650 : « Monsieur, je vois bien que vous aurez l’approbation de tout le monde avant que de la pouvoir obtenir de vous-même : c’est une qualité ordinaire aux honnêtes gens que la défiance de leurs propres forces ; mais si l’expérience, les bons succès, l’applaudissement de ceux qui en savent juger, peuvent donner assurance à un homme qui manie de grandes affaires, vous la devez avoir tout entière. Vous voulez pourtant de moi quelque information sur le sujet du traité qui va se faire, et moi je proteste que, si j’avois à y être employé, je tâcherois d’obtenir de vous ce que vous me demandez. » — Lionne écrit à Terlon et à Pomponne, qui sont ensemble dans le Nord (25 juin 1666) : « Vous ne vous contentez pas de faire de de la des merveilles ; vous en faites encore dans le compte que vous en rendez, qui ne peut être ni plus net ni mieux couché par écrit. » — Citons encore cet incomparable billet de Lionne à Pomponne, 28 janvier 1667 : « Je vous vois, ce me semble, si proche de pouvoir donner la dernière main à votre traité que j’ai cru devoir me réjouir avec vous, par avance, de la gloire que l’habile négociation et l’heureuse