Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/583

Cette page n’a pas encore été corrigée


à la cour suédoise tous ses meilleurs ambassadeurs. Il n’y a pas une seule cour étrangère, pendant cette période, qui ait reçu un si grand nombre d’agens français du premier mérite. Un Chanut, un d’Avaux, un Feuquière, un Pomponne, tomme plus tard un Breteuil et un Vergennes, comptent parmi les plus illustres de nos négociateurs [1].


I

Les rois de France ont accompli, surtout au XVIIe siècle, cette double tâche qui s’impose très légitimement à tous les grands pays dès qu’ils sont en ferme possession de leur existence nationale et d’une force intérieure suffisante, de tendre à l’acquisition de leurs frontières naturelles et à la revendication d’une influence extérieure absolument nécessaire. En ce double sens, la politique de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIV n’a été, dans son inspiration première et pour un certain temps au moins, ni excessive ni blâmable. Louis XIV a été, faisant lui-même si bien son métier de roi, admirablement secondé par des ministres, des hommes de guerre, des diplomates d’un talent extraordinaire et d’un éclat incomparable. Les Instructions et les dépêches que nous a léguées leur activité féconde ne témoignent pas seulement de leur zèle patriotique et de leur intelligente énergie ; elles ont encore une véritable valeur littéraire, elles portent le reconnaissable cachet de cet esprit de discipline qui animait toute une société polie, heureuse d’échapper aux guerres civiles sous la protection d’une royauté encore respectée.

La première impression du lecteur qui parcourt les innombrables registres conservés dans les archives de notre ministère des affaires étrangères est l’étonnement du travail immense que ces hommes s’imposaient. Un ambassadeur de France devait correspondre alors non-seulement avec le roi et le secrétaire d’état chargé des affaires étrangères, mais avec les autres ministres, et avec tous les agens français occupant des postes extérieurs de quelque importance au point de vue d’une action commune. D’Avaux, étant près du roi d’Angleterre, rendait compte des affaires générales, dit Saint-Simon, aux deux ministres de la guerre et des affaires étrangères ; des troupes, des munitions, des mouvemens et des projets de guerre à Louvois ; des négociations du cabinet, de la conduite du roi d’Angleterre, de l’intérieur de l’Irlande à Colbert de Croissy.

  1. Le cabinet de Versailles a été représenté à Vienne pendant le règne de Louis XIV par le président Colbert, le chevalier de Grémonville, le marquis de Vitry, le marquis de Sebeville, les comtes de Cheverny, de La Vauguyon, de Lusignan, et par le marquis de Villars. — La première des deux listes ne pâlit certainement pas devant la seconde.