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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/569

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il leur confia une autre mission dont la convenance était pour le moins douteuse, à savoir le soin de faire parvenir au général d’Alger, comme disaient les Arabes, la dépêche qu’avait enfin daigné lui écrire le général d’Oran. Ce fut ainsi que, dans le courant du mois de mars, le général Voirol vit arriver huit cavaliers de l’ouest qui lui remirent, avec la communication bien tardive de son oublieux subordonné, une lettre personnelle d’Abd-el-Kader. Il y répondit froidement, sans donner à l’émir aucun titre ; il se félicitait du rétablissement de la tranquillité dans la province d’Oran et promettait son aide à l’homme habile qui saurait, de ce c6té-là, réprimer l’anarchie parmi les Arabes, mais il le dispensait d’étendre sa sollicitude aux affaires de la province d’Algor, dont l’état s’améliorait tous les jours ; puis, ayant fait aux messagers d’Abd-el-Kader de petits présens, il les chargea de lui porter, comme il aurait fait pour un chef de tribu quelconque, un simple burnous d’honneur.

A Paris, au ministère de la guerre du moins, le traité Desmichels, — c’est le nom sous lequel il est entré dans l’histoire, — fut accueilli d’abord avec une surprise désagréable. Assurément il ne répondait pas aux instructions du 19 février : la soumission d’Abd-el-Kader ne ressortait pas avec assez de relief des termes ambigus du premier article ; au lieu d’otages à fournir, c’étaient des agens qu’il allait avoir à Oran, Arzeu et Mostaganem ; enfin la triple obligation de payer un tribut, de demander exclusivement aux Français les armes et les munitions dont il aurait besoin et de renoncer à toute liaison contraire aux intérêts de la France était absolument passée sous silence. Néanmoins, pris comme point de départ d’un état de choses que d’autres arrangemens pourraient rendre meilleur, l’acte du 20 février 1834 reçut l’approbation royale. Tout bien considéré, c’était la paix, et cette considération, opposée à d’honorables scrupules, ne tarda pas à entraîner l’opinion de Paris et d’Alger comme celle d’Oran. C’était la paix et la liberté du commerce. Les Arabes affluaient sur les marchés ; des arrêtés prescrivaient l’emploi -de poids et de mesures sévèrement vérifiés, et réglaient, par rapport au boudjou, à l’exclusion de toute autre monnaie, le cours des pièces d’argent françaises. Le commandant Abdalla d’Asbonne, accompagné de deux officiers d’état-major, allait prendre à Mascara les fonctions de consul de France, et l’émir annonçait l’envoi prochain de ses oukils ou représentans dans les villes maritimes ; pour Oran, il avait choisi un de ses parens, Habid-el-Hadji ; pour Arzeu, l’un des négociateurs du traité, Khalifa-ben-Mahmoud.

Dans ce dernier port, qui semblait appelé à devenu ; pour le commerce des céréales, le marché le plus important de la province, des négocians d’Alger s’étaient hâtés d’ouvrir un comptoir ; à leur grande surprise, quand leur agent voulut commencer ses achats, il