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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/564

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qui pût agir sur des hommes démoralisés. Les chasseurs d’Afrique, en cercle autour d’eux, face à l’ennemi, les protégeaient. Cependant il y avait péril en la demeure. Un officier d’ordonnance du général Desmichels, M. de Forges, se dévoua ; grâce à son sang-froid, il sut échapper aux Arabes et gagner vite Oran. Aussitôt averti, le général emmena tout ce que la garnison avait de disponible ; des prolonges suivaient, chargées d’eau, de vin, d’eau-de-vie, de rations de pain. A mi-chemin, on rencontra l’avant-garde qui, seule, ne s’étant ni découragée ni défaite, amenait les prisonniers avec le butin. Au marabout de Mouley Abd-el-Kader, une troupe de Douair essaya d’arrêter le secours ; le canon qui la dispersa fut pour les malheureux du Figuier le signal de la délivrance ; à six heures du soir, toutes les troupes étaient rentrées dans leurs casernes.

Il n’était bruit que des chasseurs d’Afrique et de leur attitude héroïque : trois semaines après ils mettaient toute la ville en rumeur. Un brigadier avait insulté dans la rue une femme turque et battu un nègre qui l’accompagnait ; dans la lutte, elle avait été renversée ; il se trouva que c’était la femme du kaïd Ibrahim. Le général Desmichels fit arrêter le coupable et donna l’ordre de le mener par mer à Mers-el-Kébir. Pendant que les gendarmes le conduisaient, des camarades essayèrent de le délivrer ; il y eut une rixe ; un piquet d’infanterie dut intervenir. Quand il fut embarqué, on en vit se jeter à la nage ou monter dans des canots pour le suivre ; bientôt tout le régiment fut en révolte. Dans ce fâcheux désordre, le général Desmichels ne rencontra pas chez tous les officiers des chasseurs le concours qu’il était en droit d’attendre. La valeur morale du corps se ressentait de la hâte avec laquelle avaient été formés les cadres ; il y était entré des élémens qu’un examen attentif n’eût pas trouvés dignes et dont l’élimination était devenue nécessaire.

Au mois d’octobre, la commission d’enquête, qui avait visité d’abord Alger, puis Bône, voulut voir Oran. Après lui avoir montré la place, les forts et Mers-el-Kébir, le général Desmichels la conduisit, le 9 octobre, par le chemin des crêtes, à Misserguine et l’en ramena par Aïn-Beïda, le bord de la Sebkha et la plaine. Au retour, il fallut combattre ; 3,000 cavaliers attaquèrent les 1,800 hommes que la commission avait pour escorte. Plus réservé qu’il n’avait été naguère à l’excursion de Blida, le vieux général Bonet ne se mêla pas du commandement, laissa faire le général Desmichels et se contenta de se tenir au feu sur la ligne des tirailleurs ; on crut, ou du moins on lui dit, pour lui faire honneur, qu’il avait eu dans cette journée en face de lui Abd-el-Kader en personne.

Depuis deux mois, par une suite de cette mobilité d’imagination qui agit sur la conduite des Arabes comme un coup de vent sur la