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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/563

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Le général Desmichels n’avait quitté Mostaganem que pour essayer d’une diversion sur le territoire des Sméla, qui, malgré le voisinage d’Oran, obéissaient aux ordres d’Abd-el-Kader. Le 5 août, à huit heures du soir, le colonel de Létang, du 2e chasseurs d’Afrique, prit le commandement d’une colonne d’un millier d’hommes : ses instructions lui prescrivaient de marcher au sud-est par le Figuier et de traverser l’extrémité orientale de la plaine de Mléta jusqu’au pied du Djebel Tafaraoui : c’était là qu’il devait surprendre les douars des Sméla. Les soldats, équipés à la légère, n’emportaient que leurs bidons pleins d’eau. La marche de nuit se fit allègrement : le matin, au point du jour, le campement était investi, envahi, mis au pillage ; la foule éperdue s’enfuyait, et la colonne ralliée se remettait en marche, emmenant avec elle quatre-vingt-deux prisonniers, des femmes et des en fans surtout, des chameaux, des bœufs, une grande quantité de moutons. Le commandant Leblond, du 66e, menait l’avant-garde avec un peloton de chasseurs d’Afrique et son bataillon ; à droite et à gauche du butin, marchaient deux escadrons de chasseurs, une compagnie de la légion étrangère, cent Turcs à pied, deux obusiers de montagne ; à l’arrière-garde venaient deux compagnies de la légion et deux escadrons. Sur les flancs de ce rectangle allongé, des tirailleurs d’infanterie et des pelotons de cavalerie étaient chargés de tenir à distance l’ennemi qu’on s’attendait à voir bientôt paraître. Il parut, en effet, beaucoup plus nombreux qu’on n’aurait cru ; armé, furieux, se ruant à la vengeance.

La double colonne, alourdie par tout ce qu’elle traînait avec elle, marchait lentement. Au mois d’août, le soleil d’Afrique est à redouter, même aux premières heures du jour ; quand le terrible vent du sud y vient ajouter son haleine brûlante, la place n’est plus tenable. Le vent du sud souffla tout à coup ce jour-là, et la plaine devint littéralement une fournaise, car les Arabes avaient mis le feu aux broussailles. L’infanterie, à l’arrière-garde surtout, était haletante ; il n’y avait plus une goutte d’eau dans les bidons ; des hommes tombaient inanimés ; d’autres se couchaient volontairement, insensibles à l’idée de la mort qui accourait sur eux avec les Arabes ; ceux qui conservaient la force de marcher n’avaient plus l’énergie nécessaire pour combattre. Ce fut la cavalerie qui les sauva ; elle fut admirable de dévoûment et de constance. Ses charges répétées, soutenues par le fou des deux obusiers de montagne, continrent assez l’ennemi, sinon pour lui arracher toutes ses victimes, du moins pour empêcher de plus grands malheurs. Enfin, on atteignit le santon du Figuier. La veille au soir, le puits avait donné tout ce qu’il contenait d’eau saumâtre ; il n’y restait plus que de la vase. Arrivés là, les fantassins à bout de forces refusèrent absolument d’aller plus loin ; il n’y eut ordre, ni menace, ni prière