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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/549

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1er octobre que le marabout de Sidi-Touati, à l’entrée de la gorge, peut-être occupé ; dès lors la violence du combat s’apaise ; la lutte peut être considérée comme suspendue. Dans la dernière affaire, le général Trézel a été blessé d’une balle à la jambe. Par la corvette Circé qui met à la voile pour Alger, il fait demander au général Voirol un bataillon de renfort. La pluie qui tombe à torrens aide à la trêve, mais elle retarde les travaux de défense exécutés à gauche par la compagnie de sapeurs, pendant que, sur la droite, l’artillerie couvre d’un épaulement la batterie de Bridja.

Le camp des Kabyles occupait à 1,500 mètres dans l’ouest un mamelon couronné par une sorte de construction qui avait assez l’apparence d’une tour à moulin et qui en a gardé le nom de moulin de Demous ; de là ils avaient des postes échelonnés sur les pentes, jusqu’au marabout de Gouraïa, tout au sommet de la montagne. Dans la nuit du 2 au 3 octobre, deux heures avant le jour, cinq compagnies du 59e, suivies de cent cinquante marins en réserve, se mirent en marche ; successivement et sans trop de peine, elles enlevèrent le poste des Tours d’abord, puis le poste des Ruines ; mais quand elles s’attaquèrent au marabout, elles échouèrent ; les marins ne furent pas plus heureux ; ils eurent cinq blessés, dont deux officiers ; la perte totale était de quinze blessés et de deux morts. Dans cette affaire, le kaïd Boucetta, qui avait voulu guider le détachement, fut pris dans l’obscurité pour un Kakyle et tué à bout portant par un soldat. L’erreur était regrettable, non le personnage ; dans le combat du 1er octobre, il avait profité du tumulte pour envahir la maison du cadi, qu’il haïssait, et y faire égorger quatorze femmes et enfans de sa famille.

La pluie continuait ; un blockhaus n’en fut pas moins élevé à l’angle nord-ouest de la ville ; la redoute qui l’entourait reçut un obusier de 24 et une pièce de 8 ; dès lors ce coin fut assuré contre toute attaque. Dans la soirée du 5, on vit débarquer, venant d’Alger, un bataillon de 4e de ligne ; le lieutenant-colonel Lemercier, du génie, avec une compagnie de sapeurs et un gros envoi de matériel. Quelques jours plus tard arrivèrent deux cents zéphyrs du 2e bataillon d’Afrique. Dans l’intervalle, le génie avait établi un blockhaus sur la hauteur de Bou-Ali, au-dessus de Bridja, disposé la mosquée de la kasba pour l’installation d’un hôpital et commencé à construire des fours. Les troupes, lasses du biscuit et du lard salé ; soupiraient après : le pain de munition et la viande fraîche ; une gabare était allée : embarquer des bestiaux à Bône.

Les renforts arrivés permettaient de reprendre l’offensive. Le 12 octobre, une heure avant le jour, les Kabyles furent dépostés en même temps du marabout de Gouraïa et du moulin de Demous. Au marabout, le succès fut enlevé en un tour de main ; à Demous