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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/473

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deux jours ; mais la ville a été délivrée, et les Chinois, qui paraissent d’ailleurs s’être courageusement battus, ont été mis en fuite après avoir fait des pertes sérieuses. Tandis que les choses se passaient ainsi au Tonkin, la lutte vient de s’engager également à Formose, autour de la place de Kelung, menacée, elle aussi, par des ouvrages chinois établis à peu de distance. Le commandant de Kelung, le colonel Duchesne, avec la garnison dont il dispose, moins de quinze cents hommes, n’a point hésité à se jeter sur les positions chinoises, et il les a vigoureusement enlevées, Il a du moins réussi à se dégager et à éloigner l’ennemi, sans avoir malheureusement assez de forces pour pouvoir profiter de ses premiers avantages.

Les soldats font leur devoir partout où ils sont engagés, cela n’est point douteux. Les opérations du Tonkin sont conduites avec autant de fermeté que prudence par M. le général Briére de l’Isle, de même que les navires qui sont maintenant sur les côtes de Chine sont habilement dirigés par M. l’amiral Courbet, c’est encore certain. Après cela il reste toujours un doute. Ces succès, qui sont l’honneur de nos soldats et de nos officiers, n’ont évidemment rien de décisif. Ces forces qui combattent au loin, dont nos chefs militaires se servent le mieux qu’ils peuvent, sont manifestement insuffisantes, et aujourd’hui pas plus qu’hier, on ne voit d’une manière distincte ce que la politique prétend décider, comment elle entend conduire jusqu’au bout et dénouer cette campagne de l’extrême Orient. Tout est incertain. Continuera-t-on à diviser nos forces entre le Fleuve-Rouge et Formose, ou bien, maintenant qu’on est maître de Lang-Son, se dispose-t-on à concentrer la principale action sur la frontière du Tonkin et de la Chine ? Cette guerre est-elle destinée à se prolonger, à s’étendre, à se compliquer par les résistances chinoises, et va-t-on un de ces jours demander de nouveaux crédits, pour augmenter nos contingents, pour mettre notre corps expéditionnaire en mesure d’aller imposer la paix à la Chine sur le territoire même du Céleste-Empire ? C’est là la question obscure et complexe qui reste sans solution devant l’opinion, que le gouvernement ne se hâte pas d’éclaircir, et si nos soldats, qui versent leur sang, méritent par leur généreux courage toute la confiance du pays, la politique, qui est chargée d’avoir des idées précises, de préparer des moyens d’action, de prévoir et de diriger, n’est point faite, il faut le dire, pour rassurer complètement. Peut-être le gouvernement a-t-il une opinion ; il ne la dit pas du moins ; il craint de l’avouer, parce qu’il se croit obligé de compter avec ce médiocre esprit qui perd le temps à faire de la politique avec des passions de secte, avec les haines, les préjugés, et les idées surannées des plus vieux partis révolutionnaires.

Que voit-on en effet ? Au moment même où l’on devrait traiter