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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/469

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Marsa n’a pas parlé : c’est pourtant le jour dos noces. En ce point, par malheur, l’illustration cesse un moment d’être fidèle au texte. On sait que Marsa, dans le livre, celait volontairement sa faute jusqu’après le mariage, on sait par quelles raisons. L’auteur, sans doute, a craint l’odieux de ce spectacle ; il a voulu que, par un quiproquo, Marsa crût son fiancé averti, qu’elle se crût pardonnée. L’artifice n’est pas brave ; il n’est guère vraisemblable ; il est déplaisant. C’est un moyen indigne de la scène pathétique, bien menée, fortement dialoguée, qui suit. Cette scène d’explications, entre Marsa et Andras, est la meilleure de l’ouvrage : par sa substance, par sa coupe, par ses suspensions et ses retours, par son mouvement d’un lieu moral à un autre, elle rappelle à temps que M. Claretie est dramaturge, même au théâtre, alors qu’il ne se contente pas d’y projeter en silhouettes les héros de ses romans.

Le voilà donc connu, le secret de Marsa Laszlo ! Elle l’a confessé plutôt que de mentir encore, plutôt que de mentir par faux serment et non plus par omission. Elle a tout dit plutôt que de jurer qu’elles étaient innocentes, ces lettres qu’Andras Zilah, sur la foi de sa parole, se déclarait prêt à brûler. Elle a révélé sa honte, elle n’a balbutié aucune excuse, elle n’a pas forcé Andras de l’écouter davantage ; elle est demeurée gisante et sans voix, tandis qu’il fuyait indigné.

Après cela, que faut-il attendre, étant donné le genre de l’ouvrage ? Une composition finale qui rappellera les dénoûmens de Froufrou et d’un Roman parisien. Aussitôt que Varhély, justicier de coulisses, a fini de tuer Menko en duel, Marsa meurt, en robe blanche, entre les bras de son mari, qui pleure.

La toile tombe. Nous réclamons le nom de l’auteur comme si nous ne le savions pas, comme si, pour suivre avec tant d’intérêt cette galerie mouvante de cinq tableaux, nous ne devions pas d’abord en avoir lu le livret ! Il attachait l’attention, ce livret, par une déduction remarquable de sentimens humains ; le premier de ces tableaux a de la valeur par le coloris ; le second, par l’animation des détails ; le troisième, par la violence des traits principaux ; le quatrième, par le pathétique, et le dernier, par une grâce sentimentale. Voilà plus qu’il n’en faut pour applaudir, en même temps que le romancier, le metteur en scène ; d’ailleurs, dans une scène capitale, ne s’est-il pas comporté en dramaturge ? Avant de rappeler ses interprètes, applaudissons M. Claretie.

Marsa est représentée par Mme Jane Hading ; elle a de la beauté, de l’intelligence et du talent : après s’être appliquée beaucoup, souhaitons qu’elle se néglige un peu, qu’elle oublie parfois qu’elle est comédienne, qu’elle ne paraisse pas imiter quelqu’un alors même qu’elle n’imite personne. M. Damala chante le rôle de Zilah sur cinq notes, mais avec un semblant de conviction. M. Romain sauve, comme il peut, l’ingrat