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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/459

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Orléaniste ! Abonné de la Revue des Deux Mondes ! Les deux boutades sont de même sorte : MM. de Goncourt, en imaginant ces plaisanteries entre « un masque » et « un monsieur en habit noir, » au bal de l’Opéra, ne prétendaient pas frapper la Revue, pas plus que, par le récit de cette anecdote d’école, je ne crois offenser les princes d’Orléans. Un autre masque, au lever du rideau, interpellait un vieux monsieur sous le prétexte qu’ayant le poil blanc, il ressemblait au cheval de La Fayette : MM. de Goncourt, par cette licence, outrageaient-ils la mémoire du patriote ? Vingt ans après la bagarre, il est permis d’être de sang-froid et de prendre une turlupinade pour ce qu’elle vaut. Admettez qu’elle puisse agacer, comme un de ces confetti qu’on reçoit quelquefois dans l’œil, au carnaval de Nice ; nous serons satisfaits, du moins, si les auteurs s’excusent du geste : or, voyez avec quelle déférence, au troisième acte, M. Maréchal prend « la Revue » pour l’offrir à sa femme ! Quelqu’un s’obstine-t-il encore à être plus difficile pour nous que nous-mêmes ? Volontiers je me retournerai contre lui, comme ce personnage de la Contagion qui a fait ses preuves et qu’un indiscret pousse à vider une prétendue querelle : o Alors, vous croyez que j’ai besoin d’une nouvelle affaire ? — Oui, sans doute. — Eh bien ! la voici ! » Et le bretteur récalcitrant décoche sur le nez de son conseiller une chiquenaude.

Aussi bien cette calembredaine, à laquelle la badauderie du public avait autrefois donné de l’importance, à peine si les spectateurs de cette reprise l’ont aperçue dans cette descente de la Courtille d’un vocabulaire fantasque. Cet innocent pétard, que des oreilles émues avaient pris pour un coup de canon, à peine si son petit bruit dans le feu d’artifice a été remarqué des curieux. On savait assez qu’il n’avait pas tué la Revue, qui se porte aujourd’hui beaucoup mieux qu’il y a vingt ans ; il n’a pas non plus fait sauter la pièce, comme ces machines infernales qui démolissent la maison de leur artisan. Ni lui ni rien autre chose, dans cette soirée, n’a fait scandale. Nous n’avons guère de mérite à parler avec sérénité ; nous ne sortons pas d’une mêlée, mais d’une audience : la cause a été entendue, cette fois, sans colère ni faveur.

Qu’Henriette Maréchal, en 1865, ait été exécutée plutôt que jugée, c’est un point acquis pour l’histoire ; nous en convenons d’autant plus volontiers que les bourreaux, alors même qu’on nous croyait l’objet d’un attentat, n’étaient pas nos vengeurs : ce n’est pas M. Saint-René Taillandier qui se cachait sous le pseudonyme de Pipe-en-Bois. Depuis ce temps, par un naturel esprit de réparation, des curieux de littérature, considérant cette pièce comme une martyre, l’avaient canonisée à leur usage et l’honoraient d’un culte domestique. On la révérait dans de petites chapelles comme le type d’un ordre nouveau ; ce qu’était