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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/458

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Odéon : Henriette Maréchal (reprise). — Gymnase : le Prince Zilah, drame on 5 actes, de M. Jules Claretie.


« Abonné de la Revue des Deux Mondes ! .. — Ah ! des gros mots ! .. Attends, je vais descendre ! » Elle a retenti de nouveau sur la scène, cette fameuse apostrophe suivie de cette fameuse réplique ; Henriette Maréchal, assommée à la Comédie-Française, ressuscite, après vingt ans, à l’Odéon. Depuis l’annonce de cette reprise, beaucoup de gens nous abordaient avec un air de malice mystérieuse et contrainte : « Eh bien ! Henriette Maréchal ? .. — Eh bien ? .. — Abonné de la Revue des Deux Mondes ! .. » D’abord, ils n’ajoutaient rien à cette citation, nous laissant le soin de démêler leurs sentimens : plaisir sournois d’enfans qui rapportent une injure, désir et peur d’en voiries suites. Après un silence, ils plaignaient notre embarras : serions-nous généreux, par crainte de paraître vindicatifs ? .. Serions-nous atroces, par crainte de paraître lâches ? Pour ma part, quand ils m’avaient assez plaint, je racontais à ces officieux comment naguère, à l’École normale, sans attendre le mardi gras, on invectivait certain de nos camarades. C’était un garçon d’humeur douce et de caractère faible ; pour mystifier ce girondin on s’improvisait terroriste. « Ah ! s’écriait quelqu’un, nous ne ferons rien de bon, en France, à moins de quarante mille têtes ! .. Hein ! qu’est-ce que tu dis ? .. — Je ne dis rien, répondait l’autre, intimidé ; il me semble pourtant qu’avec vingt mille… — Vingt mille ? .. Orléaniste ! »