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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/457

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prononcé, lui aussi, et il approuvait particulièrement l’annexion de la Nouvelle-Guinée et des autres îles, sans oublier les Nouvelles-Hébrides et la législation contre les criminels français transportés dans le Pacifique. Le conseil avait voté une adresse à la couronne pour qu’elle approuvât le bill qui autorisait les colonies australiennes à se confédérer et qui n’avait plus besoin que de la sanction du parlement britannique. Enfin, le 26 octobre dernier, pendant que le parlement britannique discutait le discours de la couronne, lord Derby en parlant de l’Australie à propos de la politique coloniale, disait n que si le consentement de la Nouvelle-Galles du Sud arrivait en temps utile, le bill sur la confédération des colonies australasiennes serait soumis à la chambre des lords pendant la session actuelle. » Mais, au même moment, l’assemblée législative de la Nouvelle-Galles du Sud se prononçait par l’ordre du jour, c’est-à-dire en refusant de discuter, sur les résolutions présentées par la convention intercoloniale en décembre dernier. La colonie n’en paierait pas moins sa part sur le coût du protectorat de la Nouvelle-Guinée.

Les choses en étaient là quand, à la fin du mois de décembre 1884, les Allemands se sont subrepticement emparés, quand personne n’y prenait garde, de la partie nord de la Nouvelle-Guinée comprenant tout le littoral et les îles adjacentes, depuis tel 141e degré de longitude est, qui limite le territoire occidental possédé par la Hollande. Venus avec leurs navires de guerre, ils ont planté le drapeau germanique devant quelques chefs ébahis et une centaine d’indigènes, et ils ont dit que les Anglais n’avaient droit qu’à la partie méridionale de l’île. Grand a été l’émoi en Australie, en Angleterre. Un échange de communications aigres-douces, que M. de Bismarck s’est plu hier à publier dans son Livre blanc, a eu lieu entre le cabinet de Saint-James et le cabinet de Berlin, mais les Allemands n’en ont pas moins gardé leur proie.

Tel est le mouvement si curieux, à la fois politique et social, qui se déroule à cette heure aux antipodes, dans l’Australasie, dans ce monde nouveau presque aussi grand que l’Europe, qui n’a pas encore cent ans d’existence et cinquante ans de vie réelle, politique et économique. Quel étonnement pour notre vieux monde que cette étrange évolution coloniale, et quel exemple nous donnent en même temps ces pionniers hardis et entreprenans, qui vont si bravement devant eux, affrontant tant de dangers et colonisant cette nouvelle Amérique avec une rapidité qui tient du vertige !


L. SIMONIN.