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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/393

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régulatrices de l’influence des latitudes et celles qui régissent les courans atmosphériques, d’où dépendent les précipitations aqueuses. Chacun de ces domaines n’est ainsi qu’une résultante de ces trois facteurs associés. Les analogies qu’on remarque entre les continens comparés à ce point de vue tiennent à l’action uniforme sur tout le globe des effets de la latitude et des vents, qui président à la marche et à la condensation des nuages, tandis que les différences que l’on observe tiennent évidemment aux modifications apportées à ces mêmes lois par la disposition inverse du contour et du relief des terres de l’ancien monde comparées à celles du nouveau.

L’un d’eux, en effet, est allongé dans le sens des méridiens, échancré et aminci aux approches du tropique du Cancer, entre le 30e et le 10e degré de latitude nord, c’est l’Amérique. L’autre s’étend, au contraire, dans le sens des latitudes, c’est-à-dire transversalement, et sa largeur est immense, mesurée entre la côte occidentale du Maroc et la mer de Chine, à la hauteur du 30e degré. Aucune interposition de mer, si l’on néglige la terminaison supérieure de la Mer-Rouge et l’extrême fond du Golfe-Persique, ne se fait remarquer. Plus au nord, de la Bretagne à l’embouchure de l’Amour, vers le 50e degré de latitude, cette largeur est encore plus considérable et la continuité de l’espace continental encore plus absolue. On comprend très bien que de semblables divergences, en influant directement sur le climat, aient entraîné des diversités correspondantes dans la distribution des domaines végétaux.

Ces sortes de domaines une fois constitués à la suite d’une accumulation d’événemens partiels et successifs, on conçoit également que les plantes comprises dans les limites de chacun d’eux aient dû s’accommoder des conditions de milieu qui leur étaient départies ou, mieux encore, être favorisées par elles. Dans le cas contraire, elles ont dû périr ou s’éloigner. En deux mots, il leur a fallu prendre l’essor, plier ou disparaître. On le voit, les espèces que le botaniste observe dans chaque domaine particulier sont loin d’en être nécessairement indigènes ; elles ne dépendent pas, comme le présumaient de Candolle et Agassiz, d’un centre de création où elles auraient eu leur berceau natal ; elles n’ont pas été créées en vue de la circonscription qu’elles occupent, mais la circonscription, en se constituant, a dû soit garder, soit emprunter à un pays voisin les élémens végétaux qu’elle possède, et les plantes régionales auront été celles que les conditions nouvellement établies favorisaient, ou celles encore qui réussirent le mieux à s’y adapter. Par conséquent, les plantes seraient antérieures, soit comme espèces, soit en tant que types, au domaine habité par elles, ainsi qu’aux circonstances physiques auxquelles le domaine devrait son existence. Il suffirait