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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/358

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Au surplus et pour tout dire, n’est-ce pas une grande exagération que d’attribuer à la seule éducation de collège ou d’université une si souveraine influence sur les jeunes générations ? On abuse singulièrement de la pédagogie depuis quelques années. Autrefois, du temps de Bossuet et de Fénelon, elle se bornait à quelques règles et maximes fondées sur la nature et l’expérience, elle était simple et sans prétention, bien qu’elle écrivit des chefs-d’œuvre. Toute son ambition se bornait à venir en aide au père de famille, à seconder ses efforts, à compléter ce qu’il avait commencé. Présentement c’est toute une science et tout un monde ; nous sommes inondés de Pestalozzi qui rêvent de réformer la société par de savans procédés de culture, et qui ne voient pas que l’état d’esprit propre et particulier à la jeunesse française tient à des causes bien autrement profondes et invétérées que la faiblesse et les défauts de notre éducation nationale.

Quoi de plus clair pourtant ? Si le respect s’est perdu dans nos écoles, si elles sont devenues des foyers de propagande irréligieuse et révolutionnaire, c’est que le respect n’est plus nulle part, pas même à sa source, dans la famille, et que nos enfans y sont entourés d’une atmosphère d’incrédulité qui les pénètre et qui les a déflorés bien avant le collège. Considérez ces petits êtres raisonneurs, indisciplinés, tranchans, poseurs, qu’on a bien de la peine à mener jusqu’à leur première communion dans un état d’innocence relative, qui ont encore le lait de leur nourrice au bout du nez et qui vous prennent des airs d’hommes faits et sûrs de soi. A douze ans, ils ont déjà goûté de Nana, et on ne les a pas fouettés ! A quinze, les journaux licencieux font leurs délices. Ils sont au courant du roman à sensation, du scandale et du théâtre du jour ; ils vont aux courses, y coudoient la fille ou la femme à la mode, et en reviennent, Dieu sait ! avec quelles ouvertures sur la vie ? Dès lors quelle action veut-on que l’éducation du collège ou de l’université exerce sur des sujets ainsi préparés ? Quand la discipline et la tenue ne sont plus dans la famille, comment seraient-elles dans l’école ? Où le père est impuissant, que peut le maître, dans l’enseignement supérieur surtout ? Non, non, le remède n’est pas encore trouvé. Eussions-nous dix universités au lieu d’une et le double de pédagogues, qu’il n’en résulterait pas de si grands changemens dans l’esprit de la jeunesse. Il y faudrait de bien autres conditions, hélas ! un ensemble de réformes et de réactions, non pas seulement scolaires, mais sociales et politiques, une épuration complète de tous les élémens dont se compose la vie morale d’un peuple ; une littérature moins abjecte, une morale plus sûre d’elle-même, une critique moins dissolvante, bref une révolution comme