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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/353

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on en arrivera, de sélection en sélection, à éliminer tout ce qui ne sera pas étudiant. Je ne dis pas que cela se fasse demain, ni même après-demain, ni sans lutte, — la grande leçon compte encore, grâce à Dieu, quelques défenseurs, — mais il semble bien que ce soit là qu’on tend, et cette tendance ne va pas à moins qu’à dénaturer le caractère et qu’à changer les fins de notre enseignement supérieur.

Encore si la science y devait trouver son compte, si l’enseignement de nos facultés devait, par là, regagner en élévation et en étendue ce qu’il perdrait en éclat et en distinction ! le mal serait compensé par un bien. Mais quelle profondeur, quelle variété comporterait un enseignement s’adressant d’une façon exclusive à des étudians, la plupart candidats ? Enfermé dans des programmes, dominé par des préoccupations d’examen, il manquerait manifestement d’indépendance et de largeur, il serait nécessairement étroit, borné. C’est déjà le défaut des écoles spéciales ; l’École normale elle-même, malgré la supériorité de son recrutement, n’y échappe pas complètement. Si fortes qu’y soient les études, l’obsession des divers concours de fin d’année pèse encore trop sur elles. Que serait-ce, dans nos facultés, le jour où la préparation à la licence et à l’agrégation en deviendrait le principal office ? A la Sorbonne, passe encore ; le talent des professeurs et la qualité des étudians, les soins particuliers dont ils sont l’objet, les secours si nombreux et si divers qui s’offrent à eux, tout contribuerait à maintenir le niveau des cours fermés. On se plaint déjà pourtant de la faiblesse de leurs auditeurs, et l’hiver dernier, dans son rapport annuel, le doyen de la faculté des lettres de Paris avouait que nos professeurs étaient obligés de reprendre les principales matières des classes supérieures de nos lycées. Si bien, — le trait ne laisse pas d’être piquant, — qu’après avoir déblatéré tant et plus contre cette pauvre rhétorique, on se voit aujourd’hui forcé de lui donner accès dans nos facultés.

Mais c’est en province surtout que la mode des cours fermés, si elle venait à se généraliser, produirait de beaux résultats ! « Quand nos boursiers entrent à la faculté, écrivait récemment M. Croiset jeune, nous devons commencer par leur apprendre ce qu’ils devraient savoir depuis longtemps. Chaque faculté en vient forcément, lorsqu’elle a conscience de ses propres besoins, à s’annexer une sorte de classe élémentaire. On la qualifie de conférence philologique pour ne chagriner personne ; soit, le nom ne change rien à la chose. C’est une nécessité que nous subissons ; mais, il faut le dire bien haut, de peur de nous y résigner, cela est mauvais de toute façon. Mauvais d’abord parce que l’enseignement supérieur risque ainsi