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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/328

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parfaitement inextricable, le vote (cela est spécifié dans le plan général de l’œuvre) devant avoir lieu par ordre et non par tête. Patience ! l’objection est encore trop forte pour qu’on ne nous en offre pas la solution. A ces deux syndicats serait adjoint pour les départager un comité d’honneur dont le président serait le président même de la corporation et qui serait exclusivement composé de membres appartenant aux classes supérieures (les mots y sont), mais étrangers à l’exercice de la profession, sans quoi ils seraient directement intéressés dans les questions qu’ils seraient appelés à trancher comme tiers-arbitres entre le syndicat des patrons et celui des ouvriers.

Assurément, cette réponse est très satisfaisante pour l’esprit et cette organisation très ingénieuse. Mais, dans la pratique, on peut douter de son efficacité. C’est ici, j’ose le dire, qu’apparaît toute la fragilité de la conception même du syndicat mixte. Ce comité d’honneur est la pierre angulaire de l’édifice ; sans comité d’honneur, point de syndicat possible, car cette conception aboutirait tout simplement à l’écrasement des patrons ou à l’anarchie. Et, d’un autre côté, comment espère-t-on faire accepter cette création singulière aux ouvriers et même aux patrons ? Il faut cependant connaître un peu les hommes et les prendre comme ils sont, avec leurs préjugés et leurs passions. Qu’il s’élève dans l’intérieur de l’une des usines affiliées au syndicat quelqu’une de ces discussions si fréquentes relatives au taux des salaires, au mode de rémunération ou à la durée du travail, peut-on, de bon sens, espérer que les ouvriers s’en rapporteront du soin de trancher le différend à des hommes, d’eux parfaitement inconnus, sur cette seule garantie qu’ils appartiennent aux classes supérieures et qu’ils sont étrangers à l’exercice de la profession ? Mais s’ils étaient animés d’un tel esprit de conciliation et de déférence hiérarchique, ils seraient tout aussi bien disposés à s’en rapporter au patron lui-même, dont au moins ils auront pu apprécier la sollicitude et le dévoûment à leurs intérêts. Et le patron lui-même, croit-on que, dans ces questions si délicates de salaires et de prix de revient, questions vitales pour lui, il sera disposé à accepter l’intervention d’hommes sans expérience professionnelle, c’est-à-dire en réalité incompétens, animés sans doute d’intentions excellentes, mais capables peut-être de commettre par philanthropie quelque bourde irréparable dont lui, patron, paierait les frais ? A quelque point de vue qu’on se place, il y a donc là une objection insurmontable qui suffit pour détruire tout cet ingénieux édifice et pour faire du syndicat mixte une utopie dont je doute qu’on voie jamais la réalisation.

Au surplus, les organisateurs sur le papier des syndicats mixtes ne