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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/239

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prix pour nos ministres de la guerre qui se succèdent, et que la lecture de ces Lettres de 1818 pourrait n’être pas inutile à ceux qui prétendent gouverner avec leur arbitraire, leurs expédiens et leurs petitesses, en mettant leur « bannière » de parti au-dessus de l’oriflamme, » c’est-à-dire au-dessus de l’intérêt de la France. Cette lecture, elle apprendrait au besoin à ceux qui l’ignorent que, sous bien des rapports, ils sont moins avancés qu’on ne l’était en 1818, et elle montrerait aussi aujourd’hui comme alors que, suivant un autre mot de Mme de Rémusat, nous ne reprendrons une véritable importance extérieure qu’en revenant à des idées plus justes, plus élevées, à un système de politique intérieure mieux ordonné.

La France, il est vrai, n’est pas la seule nation de l’Europe qui ait eu, dans notre temps, ses épreuves ou ses crises, qui se soit souvent trompée de route, et encore, à l’heure qu’il est, elle n’est pas seule à avoir des embarras de toute sorte. Le monde contemporain est engagé aujourd’hui dans des affaires qui peuvent avoir d’étranges conséquences, où l’imprévu peut ménager bien des surprises. Que résultera-t-il, particulièrement pour l’Angleterre, de ces complications égyptiennes où le ministère s’est aventuré plus qu’il ne le voulait peut-être, où il se trouve pris plus qu’il ne l’avait prévu ? C’est une question qui se débat depuis quelques jours déjà dans les chambres, que la discussion même, si étendue qu’elle soit, n’éclaircira, à coup sûr, que très incomplètement, et qu’elle ne résoudra pas, dans tous les cas parce que, devant les événemens qui se précipitent, les discours ne sont rien. Lorsque tout récemment le parlement s’est rouvert sous la vive impression des mécomptes de la guerre du Soudan, un des premiers actes de l’opposition a été de présenter une motion de censure contre la politique ministérielle, et le chef du cabinet, M. Gladstone, n’a point hésité à avouer qu’on se trouvait dans une situation des plus compliquées, dans une crise fort sérieuse. Un des chefs conservateurs, lord Salisbury, de son côté, forçant un peu les couleurs, est allé beaucoup plus loin ; il a déclaré, dans un mouvement d’éloquence passionnée, que l’Angleterre, au moment où le parlement se réunissait, se trouvait dans les circonstances les plus graves qu’on eût connues depuis longtemps, qu’elle était partout isolée, que le fameux concert européen, dont on a fait tant de bruit, n’apparaît aujourd’hui que comme une coalition européenne contre l’Angleterre ; il a ajouté qu’on était menacé jusqu’en Asie par les mouvemens agressifs de la Russie contre l’empire de l’Inde, et qu’il y avait à craindre que les embarras du Soudan ne fussent aggravés par ceux qui seront toujours prêts à saisir l’occasion de s’en servir.

Il est certain que, si la situation n’est pas aussi sombre que la dépeint lord Salisbury, elle est tout au moins bien compliquée, comme M. Gladstone en a fait sincèrement l’aveu ; elle s’est même aggravée