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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/199

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plus de quinze ans à Rome ; que Constantin ait été baptisé par le pape Silvestre. Il ose regarder comme une fiction l’histoire de la dotation de Constantin au saint-siège ; contester l’authenticité des décrétâtes ; renvoyer à la fable le récit de la translation du corps de saint Etienne, premier martyr, à Rome. Il ne craint pas d’attaquer l’autorité de plusieurs bulles pontificales et de manquer de respect à la dignité des cardinaux, et par exemple de Baronius, dont il contredit les Annales et conteste la chronologie. Contre le sentiment commun de l’église il affirme présomptueusement qu’on peut douter que sainte Véronique ait jamais existé. Il nie la réalité des martyrs de Brescia et l’authenticité de leurs reliques ; la vérité des histoires de Marthe et de Madeleine. Il ne blâme pas ceux qui renvoient à la fable la tradition de l’apostolat en Gaule de Denys l’Aréopagite. Il nie que l’église cathédrale d’Avignon ait été consacrée par Jésus-Christ. Il nie que Denys ait porté entre ses mains sa tête coupée. Il met au nombre des récits fabuleux l’histoire du combat de saint George avec le dragon. Contre la sainte Écriture, il nie que le mont du Carmel ait été dans l’antiquité un lieu de dévotion singulière. De plusieurs saints qui jouissent d’un culte public dans l’église, il affirme sur de pures conjectures qu’on peut douter qu’ils aient existé. Il ose railler, déchirer, censurer ou déclarer apocryphes les Actes de saint Sylvestre, des saintes Catherine et Barbe, de saint Alexandre soldat, et de sainte Antonine, de sainte Pélagie, de Flamine, etc., etc. — On peut ouvrir au hasard ce gros factum, on tombera certainement sur quelque accusation puérile ou ridicule, laquelle suppose chez l’auteur et les approbateurs du livre des esprits absolument étrangers non seulement à la critique, mais aux simples lumières du sens commun. L’accusation, quoique absurde, résonna an loin. Le pape Innocent XII, dont on provoquait les colères, ne répondit pas, frappé sans doute de la particulière niaiserie des griefs accumulés, et ne voulant pas s’en rendre complice en les contresignant. Mais les censeurs flamands trouvèrent en Espagne des oreilles à leur mesure et telles qu’ils les souhaitaient. L’inquisition de Tolède condamna par décret les quatorze volumes pleins de ce venin si subtilement analysé, et taxa Papebrock, leur auteur, de témérités hérétiques, schismatiques et séditieuses. Les bollandistes s’étaient contentés d’abord, en forme de riposte, de montrer en quelques pages (t. Ier de juin), l’ignorance et la sottise de l’auteur du factum. Après le décret de l’inquisition de Tolède, une plus longue défense parut utile, et Papebrock écrivit une réponse qu’il promettait de compléter. Il la dédiait très habilement au roi d’Espagne, protestant de sa foi et de sa bonne foi, demandant qu’on voulût bien l’éclairer, s’il s’était trompé, et