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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/172

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avec laquelle travaillent nos arsenaux, cette opération demanderait plusieurs années. Il n’y faut donc pas songer, pour le moment du moins, car il s’agit avant tout de constituer une flotte de combat immédiatement disponible, dont nous sommes absolument dépourvus. On pourrait toutefois commencer à travailler au décuirassement, partiel ou total, du réduit central d’un ou deux cuirassés, parmi ceux qui sont remisés dans les ports et qui ne risquent pas d’être appelés d’un moment à l’autre à faire partie de l’escadre. Mais, pour les sept dont nous venons de parler, en se bornant à la mesure que nous avons indiquée, on gagnerait déjà 700 tonneaux sur les quatre premiers et 500 sur les trois autres.

On devine tout de suite notre conclusion. Nous voudrions qu’on remplaçât par son équivalence en charbon le poids des canons et autres objets débarqués. Le réduit central, complètement dégagé, deviendrait un atelier de torpilles, et nos cuirassés, tout en restant des navires de combat, puisqu’ils conserveraient toute leur artillerie de pont, seraient en mesure de subvenir aux besoins d’un certain nombre de torpilleurs. Le Colbert, le Trident, le Richelieu et le Friedland pourraient se charger de seize torpilleurs chacun, soit soixante-quatre torpilleurs ; le Suffren, le Marengo et l’Océan pourraient en nourrir douze chacun, soit trente-six torpilleurs. Nous arrivons donc à un total de cent torpilleurs, cinquante torpilleurs d’attaque et cinquante torpilleurs de défense, cinquante couples de combat.

Si l’industrie parvenait à nous livrer plus de cent torpilleurs, nous trouverions encore aisément à les servir. En appliquant le système de la suppression des pièces de réduit à nos frégates cuirassées, à celles du moins qui sont encore valides, et à nos cuirassés de station, nous formerions pour ces torpilleurs de nouveaux dépôts flottans de charbon et d’approvisionnemens divers. Nos croiseurs prendraient aussi à leur charge plusieurs petits bateaux. Il ne faudrait pas craindre de multiplier ces derniers, qui sont la vraie force destructrice des escadres actuelles. Qu’on nous en donne autant qu’on pourra, et, même avec le matériel naval d’aujourd’hui, nous arriverons à leur fournir tout ce qui leur est nécessaire pour aller de l’avant. Nous avons laissé de côté dans nos calculs nos trois plus gros cuirassés, le Redoutable, l’Amiral-Duperré et la Dévastation, parce que ces navires, beaucoup plus puissans que les autres, sont tellement surchargés et encombrés, ont à bord tellement de machines auxiliaires, d’appareils compliqués, de mécanismes savans, d’installations particulières, qu’il faudrait un rude labeur et un temps fort long pour leur enlever une partie de ce matériel, pour les simplifier et les aménager à l’usage des