Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/168

Cette page n’a pas encore été corrigée


expliqué pourquoi il eût été bien préférable d’avoir à Sfax de petites canonnières, pouvant s’approcher du rivage, à la place des gros cuirassés qui, grâce à leur tirant d’eau considérable, n’ont pu faire usage que d’une partie de leur artillerie. Au Tonkin, il est permis de se demander à quoi nous ont servi nos cuirassés. Ils ont bombardé les forts de la rivière de Hué, sans doute, mais une bonne partie de la besogne a été faite par deux canonnières qui ont pu franchir la barre. Après cet exploit, les cuirassés sont restés immobiles dans la baie d’Along et leurs hommes n’ont été employés que dans les compagnies de débarquement à terre. Des canonnières et des torpilleurs de défense auraient été autrement utiles. Ils auraient réduit les ports aussi bien que les cuirassés ; les transports auraient débarqué autant d’hommes à terre ; enfin, grâce à leur mobilisation rapide, ces bateaux auraient depuis longtemps purgé le golfe du Tonkin des pirates qui l’infestent, insultant et à la civilisation et à notre domination. Reste la Chine. Nous ne pensons pas qu’on puisse nier, après l’exploit des torpilleurs 45 et 46 à Fou-Tchéou et celui des chaloupes du Bayard à Shei-Poo, qu’une flottille de torpilleurs n’eût eu facilement raison de la flotte chinoise. Une flottille de canonnières aurait également réduit les forts de la rivière Min au silence. Peut-être n’eût-elle pas détruit les ouvrages de Fou-Tchéou, élevés par un Français d’après les principes modernes de la fortification. Mais voudrait-on nous dire, nous le demandons de nouveau, de quel poids a pesé sur les résolutions de la Chine cette destruction des ouvrages de Fou-Tchéou, qui d’ailleurs n’a pas été complète, qui ne pouvait pas l’être avec les moyens dont disposait le brave amiral Courbet ? Fou-Tchéou est un des noms les plus glorieux de nos annales guerrières, — c’est un des plus beaux faits d’armes dont puisse s’enorgueillir notre marine. C’est tout, et c’est beaucoup ; et pourtant combien plus solides eussent été les résultats si, obéissant aux nécessités et par suite aux principes de la guerre moderne, notre escadre avait laissé de côté Fou-Tchéou et son arsenal pour s’élancer dans le Yang-tse-Kiang, bombardant les villes ouvertes, coulant les jonques, obstruant les canaux, arrêtant le commerce, semant la révolution dans ces contrées encore chaudes de la révolte des Taïping et saignant toujours des massacres qui en ont suivi la répression ! Pour avoir voulu faire la guerre à la Chine d’après les méthodes antiques et comme s’il s’agissait d’une nation européenne aux yeux de laquelle la perte d’une place forte serait un désastre, parce que ce serait une humiliation, nous nous sommes condamnés à des souffrances, à des sacrifices dont personne n’entrevoit encore le terme. En sortant de la rivière Min, notre escadre est allée prendre Kelung et Tamsui. A Kelung, elle a réussi. Elle a échoué, au contraire, à