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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/167

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nombre de torpilleurs de 27 mètres qui seraient très propres au même rôle si on les armait et si on leur donnait de bons officiers. Mais il faudrait en avoir dix fois plus, vingt fois plus, étant donnée la grande étendue de nos côtes. Quoi qu’il en soit, dans les guerres de l’avenir, c’est contre ces nouveaux engins qu’on aura à lutter lorsqu’on tâchera d’aborder les rivages ennemis. Or, pour éviter, comme pour combattre ces infatigables rôdeurs de nuit, qui rencontreraient et qui couleraient certainement tous les cuirassés, n’avons-nous pas encore besoin de petits bâtimens doués d’une grande vitesse et d’un faible tirant d’eau ? Nos canonnières de 14cm ont ces deux qualités. Nous ne voudrions les employer qu’au bombardement des villes ouvertes, des cités commerciales, des points non fortifiés, où elles arriveraient à l’improviste pour accomplir leur œuvre de destruction, prêtes à fuir si la défense se trouvait trop bien organisée. Il peut pourtant être nécessaire de bloquer provisoirement des ports de guerre ou d’essayer de forcer leurs passes afin d’immobiliser ou de détruire une flotte de cuirassés ennemis. Il est possible qu’on y parvienne à force d’audace et de résolution. Nous avons montré que le blocus de croiseurs et de canonnières rapides était impraticable ; mais, enfermer quelque temps dans un port des cuirassés à marche lente, en croisant autour de ce port, est une opération plus facile. On y recevrait sans doute quelques coups de canon : étant données les petites dimensions des torpilleurs et des canonnières, il y aurait toutefois bien des chances pour qu’ils s’égarassent dans la mer. Si l’on voulait forcer une passe d’accès suffisamment ouvert, ce qui ne se ferait jamais avec des cuirassés, on lancerait en avant des torpilleurs de vitesse assez grande et de formes assez exiguës pour glisser sous le feu des forts sans être atteints, pendant que les canonnières s’efforceraient de réduire ces mêmes forts au silence par des coups heureux d’embrasure ou jetteraient le trouble et le désarroi dans la ville en bombardant de loin l’arsenal, les magasins et les maisons privées, à l’exemple des Prussiens, qui lançaient leurs boulets par-dessus les fortifications, sur Strasbourg et sur Paris, convaincus qu’à la guerre c’est toujours le point faible qu’il faut frapper.

On nous objectera peut-être encore que nos flottes et notre système de combat ne seront pas appropriés aux entreprises coloniales. Rien de plus faux. Dans les pays qui sont le théâtre de ces entreprises, l’armement des côtes est encore en enfance, soit à cause de l’insuffisance du matériel, soit bien plutôt à cause de l’inexpérience absolue des marins et des soldats. Prenons pour exemple la Tunisie, le Tonkin et la Chine. Nous avons déjà