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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/160

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cloisons étanches afin de les rendre moins submersibles. Quant à leur vitesse, ils ne s’en serviront que pour ne pas rester trop en arrière lorsque les canonnières donneront la chasse aux navires de commerce et pour fuir à toute vapeur devant l’ennemi, sous la protection de ces mêmes canonnières et torpilleurs, s’ils sont attaqués. Il suffira donc de les armer d’un certain nombre de canons de 14cm et de hotchkiss leur permettant de combattre en cas d’absolue nécessité ; mais, d’ordinaire, ils ne se défendront pas eux-mêmes ; ils seront tout simplement le parc de réserve, le convoi des petits bateaux, demeurant le plus possible à l’écart des luttes, se tenant même, au besoin, sur des points déterminés où il sera toujours aisé de les rejoindre, à une certaine distance des routes commerciales que les torpilleurs et les canonnières écumeront.

Ces transports porteront les approvisionnemens et les munitions. Ils devront pouvoir fournir aux torpilleurs et aux canonnières, dont ils seront les pères nourriciers, deux à trois mois de vivres et trente jours au moins de charbon. Ils devront encore et surtout avoir à bord un atelier, aussi bien constitué que possible, pour torpilles automobiles avec armes de rechange. Naturellement, ils devront suffire enfin à leurs besoins personnels pour deux ou trois mois également. Chacun de ces transports, suivant son tonnage, pourrait servir à un nombre plus ou moins grand de torpilleurs et de canonnières. Nous prendrons pour modèle un transport du type Mytho. Un transport de ce genre subviendrait aux besoins de 4 canonnières, de 8 torpilleurs d’attaque et de 8 torpilleurs de défense. Chaque canonnière ayant un équipage de 45 à 50 hommes, chaque torpilleur d’attaque un équipage de 14 hommes, chaque torpilleur de défense un équipage de 18 hommes, cela ferait, pour les vingt bateaux, 460 hommes au maximum ; on en mettrait autant sur le transport, ce qui permettrait de changer de temps en temps les équipages des petits bateaux, lesquels, quoique bien moins inhabitables qu’on ne le prétend, sont pourtant difficiles à habiter des mois entiers sans repos. Au cours d’une longue croisière, officiers et matelots pourraient alterner dans le service. De cette manière, les souffrances seraient médiocres ; personne n’aurait sérieusement à s’en plaindre.

Il nous reste à montrer qu’une flotte ainsi constituée répondrait à toutes les exigences de la guerre maritime présente et future. Pour la course, la chose est évidente. Nos transports, escortés de leurs microbes, étendant leur action dans un large rayon, seraient d’admirables instrumens de la guerre de course. Chaque petit bâtiment deviendrait une sorte de tentacule qui s’allongerait sur les mers à la poursuite des navires de commerce. De plus, nous avons