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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/145

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usines nationales. De là cette poussée universelle des peuples vers les terres inoccupées, vers les rivages lointains, vers les grands bassins non civilisés, qui, sous le nom de politique coloniale, semble être devenue la préoccupation capitale presque unique de l’Europe. Il serait téméraire sans doute d’affirmer que les grandes nations vont cesser de se disputer l’hégémonie politique sur le continent. Néanmoins on peut dire, sans risquer de se tromper, qu’à l’avenir ce qu’elles se disputeront principalement, c’est l’hégémonie commerciale sur les mers. La concurrence économique sera plus ardente encore que la concurrence militaire. Une politique réaliste, pratique, recherchera avant tout, par-dessus tout, les profits matériels, source et origine ide tous les autres. Et comme la richesse publique n’est que la résultante de toutes les richesses particulières, il est clair que, dans les guerres de l’avenir, pour détourner d’un pays un grand courant commercial, pour lui arracher un monopole, il faudra frapper sans pitié ses propriétés privées et chercher par une série de désastres individuels à atteindre et à détruire sa prospérité générale. Plus se sont multipliés les peuples unis, forts et ambitieux, plus ont augmenté du même coup les prétendans à l’exploitation du globe, et plus se sont accrues aussi les chances de ces conflits maritimes qui ne pourront se dénouer que par la course, car l’arme de la guerre étant toujours proportionnée au but de la guerre, il est bien certain que, en dépit des éloquentes remontrances des philosophes, des déclarations platoniques des congrès, personne ne renoncera à ruiner la marine de commerce d’un adversaire, ce qui est l’objet même de la lutte, pour s’amuser à faire des expériences de tactique navale avec sa marine militaire, sans autre avantage que de constater ! a supériorité du nombre et l’infaillible puissance des grandes escadres. Qu’on me pardonne de citer encore cet admirable pamphlet de la Bataille de Dorking, où tant de vues profondes de l’avenir sont éclairées par une imagination si pénétrante ! « Insensés que nous étions ! s’écrie le narrateur des prétendus désastres de l’Angleterre, après avoir tracé an magnifique tableau de la situation de son pays à la veille même de sa ruine, nous pensions que toutes ces richesses, toute cette prospérité, nous étaient envoyées par la Providence, et qu’on n’en verrait jamais la fin ! Dans notre aveuglement, nous ne nous apercevions pas que notre pays n’était, après tout, qu’un immense atelier où nous mettions en œuvre les matériaux qu’on apportait des quatre points cardinaux, et que, si les autres nations venaient à cesser de nous apporter les matières premières, nous étions incapables de les produire par nous-mêmes. La houille et le fer, il est vrai, nous offraient un grand avantage ; et, si nous