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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/119

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transférées aux grands juges ; à la fin du même siècle, il n’est plus guère qu’un agent d’exécution et de transmission aux mains de la justice, ambulante.

On voit sans peine reflet de cette révolution. L’activité de la chevalerie n’est plus concentrée dans la cour de comté. Cette classe n’est plus comme par le passé soumise au shérif, elle ne voit plus en lui le représentant le plus direct d’une royauté puissante. D’autres fonctionnaires plus élevés, mandataires plus immédiats du souverain, sont survenus ; ils se sont adressés directement à elle, ont dépossédé pour elle les anciens pouvoirs, ont réclamé son assistance, appliqué sa bonne volonté à mille objets et suscité, un immense mouvement de progrès, dont eux et elle demeurent à la fin les seuls organes. En Angleterre, c’est la centralisation qui a donné l’éveil à la décentralisation, au self-government. En 1360, l’évolution s’achève par l’institution des juges de paix, nommés par la couronne et choisis dans cette même classe locale de la chevalerie. Appelés d’abord à remplacer le shérif dans certaines de ses attributions de police, ils reçoivent incessamment des pouvoirs nouveaux, s’élèvent de la juridiction correctionnelle inférieure à une juridiction beaucoup plus étendue, dépossèdent définitivement la cour de comté par les sessions qu’ils tiennent quatre fois par an, attirent à eux toute l’administration locale, routes, ponts, prisons, police administrative du travail, tutelle des paroisses, assistance des pauvres, perception, de l’impôt, confection et contentieux des listes électorales. Remarquez d’ailleurs que, pour tous ces services administratifs et judiciaires nouveaux où la royauté fait appel à des chevaliers, elle a soin de requérir, à leur défaut, les autres propriétaires de terre, et les services de ce genre se multiplient si vite, pendant que le nombre des chevaliers va diminuant, que les suppléances deviennent pour ainsi dire la règle. C’est donc toute la masse des propriétaires libres, squires, gentlemen autant que chevaliers, qui se trouve associée à l’administration, et les siècles suivans verront de plus en plus cette classe active, officieuse, appliquée, faire gratuitement à elle seule tout le travail d’une immense bureaucratie. L’assimilation est si bien consommée au XVe siècle, elle s’étend si loin parmi les propriétaires libres, que les rois sont forcés de protéger contre l’invasion du menu peuple les fonctions importantes dévolues à l’ancienne chevalerie. Des cens pécuniaires sont établis, surtout sous les trois Henri, à l’entrée de toutes ces fonctions ; il y en a pour le jury, pour les grades dans la gendarmerie nationale, pour le mandat, de juge, de paix, pour l’électorat et l’éligibilité parlementaires. Lorsque le cens parait, c’est que les