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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/117

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règles administratives générales soumettaient, en effet, les villes aux autorités du comté pour les inspections de la garde nationale, pour les élections, et les obligeaient à se faire représenter en cour de comté, lorsque les assises étaient tenues par les juges ambulans. Il est remarquable qu’en 1360 les juges de paix établis pour tout le comté reçurent pareillement juridiction sur tous les centres urbains qui n’étaient pas munis d’une exemption spéciale. La conclusion est évidente. Il n’y a rien ici qui rappelle notre tiers état purement bourgeois, classe isolée, fermée sur elle-même, étrangère à la population rurale, dont elle ne fait que recueillir les fugitifs, à la fois haineuse et humble vis à vis de la noblesse provinciale qui l’entoure. Tout au contraire, les habitans de la plupart des villes anglaises se trouvaient unis et mêlés en mille occasions à toutes les autres classes d’habitans de leur comté ; une longue période de vie commune les avait préparés à s’entendre et à se confondre avec les chevaliers et les propriétaires libres leurs voisins.


IV

Nous voilà bien loin du parlement, mais nous allons y revenir par une voie détournée. Tandis que la classe des chevaliers paraissait déchoir en perdant son caractère militaire et ses titres féodaux, et se mélangeait avec la classe immédiatement inférieure, les deux classes se relevaient ensemble et acquéraient des titres plus durables par une activité utile, par des services rendus à l’état. C’est la justice ambulante, organe de la royauté, qui a provoqué ce mouvement ascendant et cette rentrée en scène. C’est cet instrument apparent de centralisation, aux mains d’un pouvoir encore pauvre en moyens et en expérience, qui a suscité ce qu’on appelle le self-government local et a préparé la classe moyenne rurale au rôle politique qu’elle a commencé à jouer un siècle plus tard. Déjà les premiers rois normands avaient remis en mouvement une vieille institution anglo-saxonne, la cour de comté. Cette cour, où étaient tenus de se réunir les prélats, comtes, barons, propriétaires libres et en outre le maire et quatre habitans de chaque village, avait cette physionomie démocratique que présentent beaucoup d’institutions du moyen âge. Ses attributions étaient nombreuses et variées ; elle était à la fois cour de justice criminelle, cour de justice civile, cour d’enregistrement du transfert des domaines, lieu de publicité pour les ordonnances royales, bureau de recettes pour l’impôt. Ce système très puissant en apparence et très concentré ne tarda pas à montrer ses insuffisances. D’abord, les grands barons qui avaient des juridictions propres étaient exemptés de paraître