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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/93

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Quelquefois, il a recours soit à un fiacre de ses amis, soit au cocher d’un grand seigneur, qui lui donne un lit sur la paille, à côté de ses chevaux. Le matin, il a encore une partie de son matelas dans les cheveux. Si la saison est douce, il arpente toute la nuit le Cours ou les Champs-Elysées. » On ouvrit la maison avec vingt lits, qui, selon les prévisions, suffiraient pendant les premiers temps et donneraient le loisir d’outiller de nouveaux dortoirs. On ne tarda pas à être pris au dépourvu. Le 2 juin, jour de l’inauguration, trois pensionnaires se présentent ; le 3, on en reçoit sept, le 4, on en voit arriver dix-huit, et, le 11, on se trouve en présence de trente-sept individus qui demandent asile ; on en couche vingt et les dix-sept autres sont réduits à s’étendre sur le plancher. Il fallait aviser au plus tôt ; un lit de camp semblable à ceux des postes militaires et vingt nouveaux lits sont établis dès le 28 juin. Donc, en vingt-six jours, on s’était vu dans l’obligation de doubler le mobilier primitif. Rapidement le bruit s’était répandu parmi le peuple errant de la misère que, là-bas, dans la ville nouvelle de la plaine Monceaux, on pouvait dormir à l’abri sans redouter les rondes de police et les voleurs « au poivrier. »

La presse périodique avait immédiatement compris l’importance de cette fondation. Elle en avait parlé, l’avait signalée à l’attention publique et ne lui avait pas ménagé les éloges. En France, les compétitions et les rancunes politiques se taisent lorsqu’il est question de charité. Les journaux des nuances les plus opposées, qui, bien souvent, entraînés par l’ardeur des polémiques, ne reculent ni devant l’injustice, ni devant la médisance, sont unanimes dès qu’il s’agit de soulager la misère. On le vit une fois de plus et on reconnut qu’à Paris, la presse quotidienne est l’infatigable pourvoyeuse des offrandes charitables ; à elle aussi, comme à la pécheresse de Magdala, il sera beaucoup pardonné. Grâce à l’empressement des journaux, l’Hospitalité de nuit fut connue et put sans délai atteindre le but qu’elle s’était proposé, non sans redoubler de sacrifices, car quarante nouveaux lits sont montés, et, le 8 octobre, le nombre des pensionnaires est de 105. On peut apprécier l’importance de l’œuvre par ce fait que du 2 juin au 31 décembre 1878, c’est-à-dire dans l’espace de sept mois, elle a reçu 2,874 personnes.

Les bonnes œuvres appellent les bonnes fortunes ; les grands magasins de Paris semblent rivaliser de zèle pour aider l’Hospitalité qui vient de renaître et pour secourir les malheureux. Les magasins du Louvre, du Petit-Saint-Thomas, du Gagne-Petit envoient des couvertures et des objets de literie ; M. Théodore Lelong, directeur de la blanchisserie de Courcelles, — une blanchisserie scientifique et modèle, — se charge de blanchir gratuitement le linge