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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/858

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De nombreuses années se sont écoulées depuis le jour où la liberté de l’enseignement a été donnée aux jésuites, — en Chine ; — un long siècle a passé qui a soufflé sur le monde occidental comme un vent de tempête, déracinant les dynasties et les croyances, bouleversant les institutions, élevant de nouveaux trônes et fondant, au milieu du cliquetis des armes et du tonnerre des canons, la civilisation actuelle qui semble être arrivée à l’apogée de son éclat, sans avoir pu cependant assurer le règne de la paix. Un des résultats les plus brillans de cette grande tourmente a été l’ouverture de débouchés nombreux pour le commerce international, dont le développement a été vraiment merveilleux. Tous les peuples ont pratiqué l’échange et rivalisé de zèle pour établir la supériorité de leurs produits. Les expositions universelles ont récompensé ces efforts du travail, et parmi toutes les nations du monde accourues dans les diverses capitales de l’Europe, l’empire du Milieu a tenu un rang distingué.

Je n’ai pas à rappeler ici les circonstances politiques qui ont précédé l’établissement définitif des relations sociales entre la Chine et les peuples de l’Occident. Je n’en ai ni le droit ni le goût. J’ai déjà dit que, dans leurs conversations, les gens bien élevés ne discutaient pas des questions politiques, et ces études n’ont pas d’autre prétention que d’être une causerie en réponse aux questions qui m’ont été si souvent adressées.

Je n’ai pas non plus la pensée de dire mon opinion sur les caractères divers des étrangers qui vivent dans nos ports et qui convoitent, — pour la plupart, — une plus grande extension d’influence. Les uns et les autres apportent dans leurs relations, en l’exagérant outre mesure, l’esprit qui est particulier à leur race. Nous n’avons pas la faculté de leur donner le caractère qu’il nous plairait qu’ils eussent ; nous ne pouvons que souhaiter qu’ils nous aident à rendre plus faciles et plus durables les relations réciproques.

Au reste, parmi les étrangers, il en est qui ont mis au service de la Chine leurs lumières ou leurs connaissances pratiques et dont les efforts ont été couronnés de succès. La patience qu’ils ont apportée dans leur tâche bienfaisante et le tact dont ils ont fait preuve dans leurs premiers essais d’innovation ont été les agens victorieux de leurs entreprises ; ils n’ont eu ni à regretter une opposition systématique des Chinois contre leurs tentavives ni à se plaindre du mauvais vouloir de nos fonctionnaires. Ces regrets et ces plaintes n’ont généralement été exprimés que lorsqu’ils ont été motivés; il me suffit de constater que ceux qui ont réussi ne les ont pas excités ni n’en ont jamais témoigné.

Leurs œuvres sont debout : des arsenaux ont été fondés dans