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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/836

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Chinese Sketches. J’y trouve quelques passages que je me permettrai de citer.

La préface de cet ouvrage contient le jugement suivant :

« On croit généralement que la nation chinoise forme une race dégradée et immorale ; que ses habitans sont absolument déshonnêtes, cruels, et en tous points dépravés ; que l’opium, un fléau plus terrible que le gin, exerce parmi eux d’effroyables ravages dont les excès ne pourront être arrêtés que par le christianisme. Un séjour de huit années en Chine m’a appris que les Chinois sont un peuple infatigable au travail, sobre, et heureux. »

Dans le même ouvrage, un peu plus loin, je lis encore :

« Le nombre des êtres humains qui souffrent du froid et de la faim est relativement bien moindre (far smaller) qu’en Angleterre, et, à ce point de vue, qui est d’une très grande importance, il faut reconnaître aussi que la condition des femmes des basses classes est bien meilleure (far better) que celle de leurs sœurs européennes. La femme n’est jamais battue par son mari (wife beating is unknown) ; elle n’est sujette à aucun mauvais traitement ; et même il est hors d’usage de lui parler avec cette langue grossière qu’il n’est pas rare d’entendre dans les contrées occidentales. »

Je pourrais multiplier ces citations, — j’allais dire ces certificats, — et extraire de bon nombre de livres des détails sinon curieux, du moins justificatifs, sur la condition des classes laborieuses de la Chine. On y apprendrait, par exemple, quel est le bon marché de la vie. Avec quatre sous par jour un ouvrier peut vivre, et son salaire n’est jamais inférieur à un franc. Généralement, dans les familles d’ouvriers, la femme exerce une profession : ou elle fait un petit commerce, ou elle sert à la journée dans les maisons de son voisinage. Les familles, même nombreuses, peuvent donc suffire à leur existence.

Dans les provinces, « la lutte pour la vie » a de nombreux auxiliaires. Les terres sont cultivées sur toute l’étendue de notre vaste empire, et les travaux des champs occupent une grande partie de la population. Tous les cultivateurs sont généralement aisés, soit qu’ils possèdent la terre, ou qu’ils en soient seulement les fermiers. L’impôt foncier est excessivement minime, puisqu’il ne représente pas, en moyenne, un franc par habitant, et il est de règle que le fermier ne doit pas le fermage dans les mauvaises années. Voici, du reste, une relation que je lis dans le rapport de M. de La Vernède, rapport que j’ai déjà cité, et qui achèvera la démonstration que j’eusse hésité à présenter sous ma responsabilité personnelle.

« Nous avons parcouru les provinces ; nous avons vu une immense agglomération de population arrivée à une telle densité que, la terre ne suffisant pas dans certains endroits, elle construit des habitations