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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/835

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Européens, — des Anglais et des Français, — et je prierai mes lecteurs de se contenter des renseignemens que contiennent les récits de ces voyageurs.

Je lis dans l’ouvrage de M. J. Thompson, publié à Paris, en 1877, la relation suivante sur la situation des ouvriers à Canton :

« En dépit de ses terribles exigences, le travail, même pour le plus pauvre ouvrier, a des momens d’interruption. Alors, assis sur un banc ou tout simplement par terre, il fume et cause tranquillement avec son voisin, sans être le moins du monde dérangé par la présence de son excellent patron, qui semble trouver dans les sourires et l’heureux caractère de ses ouvriers des élémens de richesse et de prospérité.

« En parcourant ces quartiers de travail, on peut s’expliquer comment, en réalité, cette grande ville est bien plus peuplée qu’on ne le croirait d’abord. La plupart des ateliers sont aussi, pour les ouvriers qui les occupent, une cuisine, une salle à manger et une chambre à coucher. C’est là que, sur leurs bancs, les ouvriers déjeunent ; c’est là et sur les mêmes bancs que,, la nuit venue, ils s’étendent pour dormir. C’est là aussi que se trouve tout ce qu ils possèdent : une jaquette de rechange, une pipe, quelques ornemens qu’ils portent à tour de rôle, et une paire de petits bâtons de bois ou d’ivoire. Mais, de tous leurs trésors, le plus précieux, qu’ils portent avec eux, consiste en une bonne provision de santé et un cœur satisfait.

« L’ouvrier chinois est content s’il échappe aux angoisses de la faim et s’il a une santé suffisante pour lui permettre simplement de vivre et de jouir de la vie dans un pays si parfait que le seul fait de l’habiter constitue le vrai bonheur. La Chine est, selon lui, un pays où tout est établi et ordonné par des hommes qui savent exactement ce qu’ils doivent savoir, et qui sont payés pour empêcher les gens de troubler l’ordre en cherchant ambitieusement à quitter la condition où la Providence les a fait naître. On dira cependant que le Chinois n’est pas dénué d’ambition, et en un sens on aura raison. Les parens ont l’ambition d’avoir des enfans instruits et qui puissent se présenter aux examens établis par le gouvernement pour les candidats aux fonctions publiques, et il n’y a pas d’hommes au monde qui convoitent plus ardemment le pouvoir, la fortune, les places que ne le font les Chinois qui ont passé avec quelque succès leurs examens. Cela tient à ce qu’ils savent qu’il n’y a pas de limites à la réalisation de leurs ambitieux projets. Les plus pauvres d’entre eux peuvent aspirer aux plus hautes fonctions du gouvernement impérial. »

M. Herbert A. Gilles, attaché au corps consulaire du gouvernement britannique, a publié, en 1876, un livre qui a pour titre :