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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/481

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est : elles se présentent sous ce double aspect d’une assez sérieuse difficulté diplomatique proposée aux cabinets européens et d’une difficulté intérieure qui se manifeste incessamment à Londres, qui d’un instant à l’autre peut compromettre dans son crédit, dans son existence, le ministère libéral de M. Gladstone.

Ce que sera cette conférence que l’Angleterre propose de réunir, c’est la première question, la question diplomatique. Le ministère britannique, en se décidant d’une manière un peu imprévue et assez tardive à en appeler à une délibération européenne, a cru évidemment agir pour le mieux. Assailli d’embarras sur les bords du Nil, placé en face d’une détresse financière à laquelle on ne peut remédier que par des emprunts, ayant d’un autre côté à compter avec des actes internationaux qui affectent une partie des ressources de l’Égypte à l’ancienne dette étrangère, il a pensé, non sans raison, qu’il ne pouvait rien faire sans le concours des puissances intéressées. Il s’est adressé à tous les grands cabinets, à la Porte elle-même ; il leur a communiqué l’état des ressources et des besoins de l’Égypte, avec l’intention avouée de circonscrire sur ce seul point financier la délibération qu’il invoquait. Tous les cabinets se sont empressés d’accepter d’une manière plus ou moins explicite la proposition anglaise. La Porte a fait quelques réserves pour ses droits de suzeraineté sur l’Égypte et elle n’a pas insisté. L’Autriche, l’Allemagne, la Russie, l’Italie, aussi bien que la France, ont évité d’élever des objections. Toutes les réponses ont été, à ce qu’il semble, une adhésion au principe de la délibération européenne. Il est évident toutefois qu’il devait y avoir des nuances dans les opinions des cabinets, que l’acquiescement qu’ils donnaient n’était pas sans conditions, et c’est là précisément que commencent les vraies difficultés. Il n’y a que quelques jours, dans une séance de la chambre des communes, on a interrogé M. Gladstone sur la nature des réponses des gouvernemens européens, sur l’objet précis de la conférence, sur les conditions des cabinets, sur les limites de la délibération qui allait s’ouvrir, et ce qu’a dit M. Gladstone n’éclaircit certes pas cette phase préliminaire d’une négociation qui n’est pas encore arrivée à son terme. Il faut voir la situation telle qu’elle est. Il y aurait sans nul doute des inconvéniens, et même des dangers, à trop étendre le programme de la conférence nouvelle, à laisser la délibération s’égarer ; on risquerait de soulever bien d’autres problèmes, de réveiller la question d’Orient tout entière, et les puissances, qui ont des intérêts à sauvegarder, qui ont aussi de la prudence, seraient les premières à refuser d’entrer dans une discussion plus compromettante qu’utile ; mais, d’un autre côté, on ne peut pas prétendre réduire la diplomatie de six ou sept grandes puissances à un rôle subalterne et par trop borné. L’Europe ne peut pas se réunir pour réviser purement et simplement une