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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/479

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lique, parmi les Polonais, surtout parmi les libéraux-progressistes, qui lui reprochaient d’être inutile ou inefficace, de n’avoir fait que des martyrs ou des mécontens, de n’avoir eu d’autre résultat que de favoriser l’organisation secrète de la démocratie socialiste. Seul, livré à ses propres forces, M. de Puttkamer eût probablement risqué d’être battu, de n’avoir pas sa loi : M. de Bismarck lui est venu en aide par un de ces discours audacieux, sarcastiques, familièrement violens et impérieux, qui sont toujours un événement parlementaire, et même quelquefois un événement diplomatique. Le chancelier a tenu tête à toutes les oppositions, particulièrement au chef des progressistes, M. Richter, qui a entre tous le don de l’irriter. Le chancelier de Berlin ne le cache pas : il peut s’entendre avec tout le monde, avec les catholiques, même un peu avec les socialistes, dont il parle sans trop de dureté ; il ne pourra jamais s’entendre avec les libéraux-progressistes, qui, pour lui, ne représentent que ce qu’il appelle la « fantasmagorie du gouvernement parlementaire, » et il a passablement pulvérisé M. Richter. Avec M. de Bismarck on est toujours sûr d’apprendre quelque chose. C’est ainsi que, dans son dernier discours, il a éclairci un point demeuré un peu obscur. Il n’a pas dissimulé que lorsqu’il avait engagé sa campagne contre les socialistes révolutionnaires, sa première pensée avait été de s’adresser à tous les cabinets de l’Europe pour organiser une association générale d’assurance contre l’anarchie internationale ; c’est l’Angleterre qui, en déclinant toute participation à cette sorte de sainte alliance nouvelle, a fait échouer le plan. Dès que l’Angleterre donnait l’exemple d’un refus de concours auquel d’autres pays se seraient évidemment associés, il n’y avait plus pour l’empire allemand d’autre ressource que de faire sa police chez lui, de s’armer d’une loi suffisante pour réprimer ou prévenir l’agitation socialiste. La chancelier a sa loi, il tient à la garder ; il ne veut pas qu’on lui enlève son arme ou qu’on l’émousse dans ses mains. Il s’est exprimé aussi nettement que possible et, en s’adressant sans façon au Reichstag, il n’a pas laissé ignorer que, si on lui refusait la loi dont il demandait la prorogation, le parlement allait droit à une dissolution immédiate. Il a même délié avec hauteur les oppositions du Reichstag d’aller jusqu’au bout de leur opinion. L’irascible et altier chancelier a des manières de parler qui, en paraissant à demi énigmatiques, ne laissent pas d’être significatives. Il a donné suffisamment à entendre que si un nouveau parlement lui refusait encore la loi dont il croit avoir besoin, il ne se tiendrait pas pour convaincu, et il ne croirait pas pour cela tout perdu. Il garde probablement en réserve des ressources qui ne lui manqueraient pas. Il a fait à maintes reprises sa profession de foi, en actions comme en paroles, sur la prédominance de l’autorité impériale dans ses rapports avec le parlement, et, dans tous les cas, afin d’éviter d’en venir à des extrémités