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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/436

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Les scènes de désordre qui venaient d’ensanglanter Lima éclataient en même temps au Callao. La populace détruisait les canons, faisait sauter les mines, essayait d’incendier les forts. Les magasins, les boutiques étaient forcés et pillés. La rage de la populace se tourne ensuite contre la flotte à laquelle elle met le feu. Toute la nuit l’incendie acheva de détruire ce qui restait de la marine péruvienne. De toutes partes les obus, les torpilles éclataient dans le port. Pour sauver son vaisseau, le commandant de l’Union tenta une sortie désespérée, mais il vint s’échouer sur la côte. Le monitor Atakualpa est sabordé et coulé, les transports en feu sombrent dans le port. Le Rimac, le Chalaco, le Talisman, sautent avec leur artillerie à bord. Toute la nuit du 16, la journée et la nuit du 17, Le Callao en feu présente le lugubre spectacle d’un port militaire enfiévré de la folie du suicide et d’une populace achevant de ses propres mains l’œuvre de destruction de ses forces navales. Le 18, le colonel Lynch, à la tête de sa division, occupait la ville et le port, où achevaient de brûler les dernières chaloupes péruviennes.

Le général Baquedano pouvait, sans être accusé d’orgueil, terminer par ces lignes son rapport officiel sur les opérations qu’il avait si habilement dirigées :

« Le succès est complet. Il ne reste plus rien de la grande armée du Pérou. Elle a perdu plus de douze mille hommes, le reste est en fuite, ou a rendu les armes.

« Elle laisse en notre pouvoir un immense matériel de guerre, deux cent vingt-deux canons, cent vingt-quatre pièces de campagne, quinze mille fusils, plus de quatre millions de cartouches, de grands approvisionnemens de poudre et de dynamite.

« J’ajouterai que les forces navales du Pérou sont anéanties à tel point qu’il ne pourrait même pas mettre une felouque à la mer. »

Dans ces conditions, il ne restait plus qu’à traiter de la paix, mais avec qui ?

Pierola en fuite s’était retiré dans les Andes, désespéré de ses défaites, mais prêt encore à tenter la fortune, accusant les Chiliens de trahison dans l’attaque des lignes de Miraflorès, croyant ou feignant de croire que, dupe d’un armistice trompeur, il avait été vaincu par surprise, incarnant en lui la haine de l’envahisseur et l’idée de résistance, rêvant de rallier, dans sa retraite presque inaccessible d’Ayacucho, les débris de ses bataillons dispersés, rachetant enfin par sa ténacité dans le malheur les erreurs de ses proclamations emphatiques et de ses présomptueuses assurances. Aux premières ouvertures de négociations qui lui furent transmises par l’intermédiaire du ministre des États-Unis, il répondit par un refus hautain de traiter sur la base d’une cession territoriale. Son